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Que disions-nous ?
La vie est trop courte pour être petite !
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Mai 68, tout le monde en parle. Il y a un «avant mai 68» et un «après mai 68» comme il y a un «avant mon opération de l'appendice» et un «après mon opération de l'appendice».
Moi, en 1968, j'ai enfilé mon premier collant...
J'ai fait mai 68. C'était ma première année de fac. Elle avait commencé en octobre 67 avec de la déprime et de l'anorexie parce que je devais être à Strasbourg tous les
jours.
Or selon mon expérience de fille de la campagne, Strasbourg était la ville où les gens allaient mourir.
Ce n'est pas l'étude de «Mort à Venise» et autres tragédies germaniques qui auraient pu me mettre du soleil au coeur et autre chose que des tomates dans l'estomac.
Seuls les week-ends à la maison et les slows du samedi soir m'empêchaient de sombrer dans la neurasthénie. Puis il y eut mai 68, source d'enthousiasme et de liesse entre
étudiants de toutes disciplines.
J'ai appris à dire « non »
Je suivais les cortèges dans les rues en scandant les phrases créées pour être criées sur de pseudo-mélodies, «Peyr-flic-fouchet-l'camp», «élection, piège à con». Première fille
dans l'histoire de mon village fondé au VIIe siècle à faire des études supérieures et témoin direct d'un changement de société !
Mai 1968 bouleversa ma vie.
On m'avait appris à me taire et à me résigner, mai 68 m'a appris à dire « non ! ». Que de chaînes peuvent tomber avec un simple mot «non!».
Liberté, qu'ai-je fait en ton nom ? D'abord j'ai jeté ma gaine. 1968 a été l'année de ma libération des jarretelles et autres accessoires qui m'oppressaient comme des camisoles de
force à seule fin de faire tenir mes bas.
Mes virées avec la 404 de papa
1968, l'année de mon premier collant. Liberté de mouvement, gain de temps, insouciance !
Les années DIM, pala-pa-pa-pa-pa ! Le collant sur les jambes, l'embrayage sous le pied.
1968, mes premières virées avec la 404 de papa. Lui, inquiet de voir sa voiture réduite à un amas de tôle, inquiet de voir deux ans de travail anéantis, moi lui intimant avec
philosophie de ne pas faire de fixation sur les accessoires matériels de la vie, rien que des mots pour pouvoir prendre le volant.
Auto, autonomie et un peu d'autosuffisance. « Löje mi! Regardez-moi, j'ai une voiture ou mon père a une 404 et je roule avec ! »
Maman avait le permis mais ne conduisait pas. Elle l'avait eu trop tôt.
Peu de femmes conduisaient à la fin des années 50 et maman ne voulait pas être différente des autres.
Sa phrase-clé, devant un choix difficile, c'était «ich tröj nit», «je n'ose pas ». Maman, tu as une fille qui ose.
Mai 1968 m'a appris à oser.
Oser dire. Oser faire. Oser être. Oser partir. Oser croire.
1968 a été pour moi un bouleversement.
1969 aussi. L'année de mon premier enfant. Un fils. Jesses ! Il va bientôt avoir 40 ans.
Et voilà le retour de bâton. Si je n'avais pas connu mai 68 à 18 ans, je n'aurais pas 58 ans aujourd'hui. Si j'avais su, j'aurais
choisi la même année que mon fils pour venir au monde !
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par Huguette Dreikaus
publié dans :
Huguette
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Texte Libre

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