Mardi 18 novembre 2008







Il y a des moments, on ne voudrait pas être académicien - à d'autres, l'immortalité.

Comme si la langue française n'était assez traîtresse et piégée, certains semblent prendre plaisir à tourmenter notre quotidien.


Les politiques, pour ne désigner personne. Non contents de signer textes et réformes de leur nom - bonjour les Carrez, Sapin, Evin -, ils ont pris goût à pimenter le langage d'acronymes et de raccourcis pas toujours confortables.

Prenez le fameux salaire minimum : entre SMIC, Smic ou smig, une certaine confusion interprofessionnelle s'est installée. Au final, ça ne change rien aux feuilles de paie. Mais ça peut meubler soirées syndicales ou Trivial Pursuit.

A ce propos, tout cégétiste ou sudiste ou cédétiste digne de son abréviation le dira : il n'est pas de combat syndical sans abréviation bannière. Ni, par voie de conséquence, sans porte-drapeau substantivé.

Langage courant

Ainsi le salaire minimum a-t-il donné naissance, simple extension du domaine lexical, au « smicard ».
Terme banalisé, employé à tout bout de champ revendicatif et hors de toute négociation salariale.


A un niveau autrement aigu, le revenu minimal d'insertion (RMI) a fait sortir de l'ombre le cortège rapidement grossi, et au moins aussi promptement baptisé, des érémistes - ou Rmistes. Appellation passée dans le langage courant en même temps que dans le dictionnaire, sans autre forme de procès de classe.

Mais voilà : que vont devenir ces Rmistes avec l'apparition cette semaine du revenu de solidarité active ?

Car comment nommer les bénéficiaires du RSA ?

Quand même pas les RSA-istes : impossible à prononcer, plus encore qu'à accepter.

Alors quoi ?
Les ReSAu-istes, dans une idée sous-jacente de rebond ?
Les ReSoliAux, ce qui ne sonnerait pas qu'un peu bricolo ?

Ou les ReSAcs, pour suggérer un inespéré reflux de la précarité ?

La leçon mérite d'être tirée : aucune réforme sociale (les chiffres) ne peut faire l'économie d'une réflexion verbale (les lettres).

On ne se paie pas si facilement de mots.

 

 

Didier Rose 

Je pense donc je lis les DNA

du 13.10.2008





Par Simone - Publié dans : Mais encore...
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