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16 mai 2009 6 16 /05 /mai /2009 17:36






 La mouche et la fourmi contestaient de leur prix.
            «O Jupiter, dit la première,
Faut-il que l'amour-propre aveugle les esprits
            D'une si terrible manière,
            Qu'un vil et rampant animal
A la fille de l'air ose se dire égal ?
Je hante les palais, je m'assieds à ta table :
Si l'on t'immole un boeuf, j'en goûte devant toi ;
Pendant que celle-ci, chétive et misérable,
Vit trois jours d'un fétu qu'elle a traîné chez soi.
            Mais ma mignonne, dites-moi,
Vous campez-vous jamais sur la tête d'un roi,
            D'un empereur ou d'une belle ?
Je rehausse d'un teint la blancheur naturelle ;
Et la dernière main que met à sa beauté
            Une femme allant en conquête,
C'est un ajustement des mouches emprunté.
            Puis allez-moi rompre la tête
            De vos greniers! - Avez-vous dit ?
            Lui répliqua la ménagère.
Vous hantez les palais; mais on vous y maudit
            Et quant à goûter la première
            De ce qu'on sert devant les dieux,
            Croyez-vous qu'il en vaille mieux ?
Si vous entrez partout, aussi font les profanes.
Sur la tête des rois et sur celle de ânes
Vous allez vous planter, je n'en disconviens pas ;
            Et je sais que d'un prompt trépas
Cette importunité bien souvent est punie.
Certain ajustement, dites-vous, rend jolie.
J'en conviens, il est noir ainsi que vous et moi.
Je veux qu'il ait nom mouche: est-ce un sujet pourquoi
            Vous fassiez sonner vos mérites ?
Nomme-t-on pas aussi mouche les parasites
Cessez donc de tenir un langage si vain :
            N'ayez plus ces hautes pensées.
            Les mouches de cour sont chassées ;
Les mouchards  sont pendus, et vous mourrez de faim,
            De froid, de langueur, de misère,
Quand Phébus régnera sur un autre hémisphère.
            Alors je jouirai du fruit de mes travaux :
            Je n'irai, par monts ni par vaux,
            M'exposer au vent, à la pluie ;
            Je vivrai sans mélancolie :
Le soin que j'aurai pris de soin m'exemptera.
            Je vous enseignerai par là
Ce que c'est qu'une fausse ou véritable gloire.
Adieu : je perds le temps ; laissez-moi travailler ;
        Ni mon grenier, ni mon armoire,
            Ne se remplit à babiller."


La Fontaine
 

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