Samedi 4 juillet 2009





    
 


La vie se mesure en mètres carrés. Annoncer une surface rend les gens fiers. « Je ne veux pas me mettre en avant, gall, mais on a quand même une maison de 120 m² sur un terrain de cinq ares, achtung ! ! !  ». Et on imagine une parcelle avec pavillon entouré de clôtures, de troènes ou de taxus baccata, protégé par des grilles munies d'un judas électronique et d'un interphone. « C'est quiii ? » Il faut montrer patte blanche et faire amende honorable pour avoir le droit de poser le pied sur ce petit bout de monde privé, enregistré sur un livre foncier.
 « Vous pouvez vérifier au cadastre. Ici, je suis chez moi et je fais ce que je veux ». Eh oui ! Du monde, on ne peut posséder que des bribes. Ces lopins d'univers sont remis en pleine propriété à ceux qui versent des espèces sonnantes et trébuchantes pour en faire des domaines clos. Ainsi se créent des microcosmes où on joue à Heidi à la campagne ou au Facteur Cheval mettant des pierres dans sa brouette.

Le chien qui fait la police des frontières

 Les jardins des lotissements offrent des voyages dans l'insolite, les voisins deviennent les héros de comédies tragiques ou de tragédies comiques. Les limites entre propriétés privées sont plus impénétrables que les frontières entre les Etats de l'Union européenne. Il n'y a pas d'espace Schengen dans les lotissements. On recompte inlassablement les mètres carrés  ; on vérifie les bornes  ; on dresse son chien à aboyer lors d'une intrusion d'un millimètre sur son terrain. Chacun est le Christian Clavier de son domaine.............


 Il est de bon ton de posséder quelques mètres carrés dans la garrigue, là où l'anisette remplace l'amer seidel*. Comme dit Albert, « nous avons quelques pierres dans le Sud. Ici, en Alsace, on plante le persil et les haricots, là bas, on a du basilic et des tomates. On s'adapte  ; quand vous cultivez partout, vous pouvez aussi récolter partout ».
 Oui Albert, ce qui pousse chez toi est à toi. Tu peux en faire ce que tu veux, du minestrone ou de la Grumbeeresupp.* Il faut dire qu'Albert est en plein dans le dédoublement de personnalité, entre knacks et salade grecque, entre pêche en mer et pêche à la truite, entre Melfor et vinaigre balsamique. Heureusement que nos communes d'Alsace ont ouvert des terrains de pétanque ! Ce sont des sas bien utiles : ils facilitent l'adaptation aux vacances dans le mobil-home du Sud comme au retour dans le bungalow d'Obermittendorf.
 Albert se verrait bien propriétaire d'un terrain de boules. « Comme ça, tu n'attends pas pour jouer ! » Mais la femme d'Albert préférerait qu'ils achètent un étang avec une guinguette privée. « Comme ça, on la louerait pour des mariages ou des anniversaires ».
 Cela suscitera de nouveaux arpentages ; il y aura encore des surfaces à évaluer, des ares à attribuer ou réattribuer ! La grande course aux mètres carrés se poursuivra, les notaires auront de quoi prospérer.
  Tout bien considéré, un rendez-vous avec "l'homme des partages" se limite à deux phrases. « Maître, je viens pour l'acte de propriété du bien que j'ai acheté » ou « Maître, je voudrais faire une donation aux enfants ».
Les domaines ont leur limite.
La vie aussi.

amer seidel .... Picon bière
Grumbeeresupp ..soupe de pommes de terre






 Merci pour votre visite







Par Simone - Publié dans : Huguette Dreikaus
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