Supposons que vous ne mettiez plus le nez dehors depuis dix jours, allongé (e) sur votre
canapé près d’un radiateur à 25°, le nez plongé dans un cocktail estival genre pina colada… Inutile ! Vous n’échapperez pas à l’info-star : il fait froid, si froid qu’on se met à
douter du réchauffement de la planète.
Donc on est en hiver et il fait froid. Les relevés de thermomètres vous rétractent les chairs
au risque de vous occasionner une remontée de matrice. On vous abreuve de conseils pour éviter les engelures, les bactéries, les lèvres gercées ou les fuites d’oxyde de carbone.
On vous fait roucouler de plaisir devant des images féeriques de stalactites tombant des arbres, des toits ou des narines.
Il fait froid et les magazines décrivent le sauvetage pathétique de quelque rat ou de quelque
taupe juste à côté d’une pub vantant les mérites du lard pour conserver ses calories. On nous a même saoulés avec le refrain du siècle « ne confondons pas température réelle et
température ressentie », lointaine parodie de la théorie d’Einstein selon laquelle tout est relatif. Bon, là, c’est quelque chose de réel : je n’aurais pas le même ressenti en
touchant Omar Sy ou la reine d’Angleterre bien qu’ils soient à 37° l’un comme l’autre et pareillement installés dans la chaleur des sunlights !
Le froid ? Demain on n’en parlera plus !
Au titre de la lutte contre les frimas, on n’oubliera pas les gants. Pas les accessoires de
mode en soie ou en résille qui n’existent que pour mettre la touche finale au déguisement « haute couture » des bimbos qui posent pour les affiches de montres ou de voitures de
prestige. Non, je parle des vrais gants, ceux qui tiennent les mains au chaud et mettent les clés et les mouchoirs à l’abri. Oui, les gants sont des moyens de transport, une sorte
de sac à mains ! Ils sont aussi l’occasion de dilemmes théologiques où il faut prendre clairement position : moufles ou gants ?
La Frankfurter Allgemeine Zeitung recommande (chaudement) les moufles parce que tous les
doigts y logent ensemble, étant entendu que la proximité des uns réchauffe les autres.
Il fait froid et on se prend au jeu des digressions infinies. « A chacun son froid ! » Lancez le sujet dans un café ou dans une salle
d’attente !
Vous serez éblouis. Il y a pourtant aussi des voix qui diront : « Le froid ? Demain on n’en parlera plus, alors pourquoi ne pas commencer aujourd’hui »… Et le quidam blasé
commandera une glace… sans doute pour signifier symboliquement qu’il vous bat froid !