Strasbourg Retrouvé presque trois ans après sa mort La mort incognito
Les interrogations se multiplient à Strasbourg à la suite de la découverte samedi du squelette d’un homme mort chez lui depuis près de trois ans. Personne ne s’est aperçu du décès de ce locataire qui payait ses loyers par virements automatiques.
 
Situé en bout de rue, en bout de quartier, l’immeuble du 44 rue d’Ypres à Strasbourg offre l’image d’une grande barre un peu triste ouverte au vent, située à quelques mètres du bassin des Remparts encore gelé. Samedi après-midi, les pompiers ont découvert dans l’un des appartements de ce bâtiment un squelette. Celui d’un locataire né en 1931, et mort – vraisemblablement naturellement – autour d’avril 2009 (DNA de dimanche), soit à l’âge de 78 ans.
 
La nouvelle de cette macabre nouvelle ne s’est pas répandue parmi les habitants durant le week-end. Hier matin, plusieurs d’entre eux l’ignoraient encore. « Les gens ne se connaissent pas trop », explique un homme venu chercher son courrier au rez-de-chaussée. L’immeuble, qui appartient à CUS Habitat, compte une centaine de logements. Dans le quartier, on le surnomme « l’immeuble des célibataires », en raison des petites surfaces proposées. « Il y a beaucoup d’appartements associatifs, détaille un riverain. Certains changent de locataire tous les six mois. Ici, on connaît juste ses voisins immédiats. »

« A trop simplifier les choses, ça devient presque inhumain »

 
L’homme décédé habitait « au 9 e étage », croit pourtant savoir une habitante du 6 e. La jeune femme explique avoir « entendu la radio » qui fonctionnait « nuit et jour » depuis deux semaines, poussant une autre voisine à alerter les secours le week-end dernier. Aujourd’hui, elle se dit à la fois « étonnée », « choquée » et « horrifiée que personne n’ait pu savoir ».
 
 Le malheureux, qui louait son appartement depuis avril 1976, bénéficiait en effet d’un prélèvement automatique pour son loyer. « Rien ne nous a alertés. Il n’avait pas d’impayés, il ne posait pas de problème et tous ses compteurs étaient relevés à distance, explique B.M en rappelant que la structure qu’il dirige loge 54 000 personnes. On trace tout, mais on ne voit presque rien. A force de simplifier les choses, ça devient presque inhumain. »

Quant au courrier, « on a vérifié sa boîte aux lettres, et il n’y avait rien d’anormal. Ça, on ne le comprend pas. »

De plus, son palier ne donnait pas sur des locaux communs fermés mais sur une coursive en plein air et l’une de ses fenêtres était ouverte, laissant les odeurs – qui auraient pu alerter les voisins – s’échapper.
 
J’ai déjà vu des cas de personnes retrouvées un ou deux mois après leur mort. Mais trois ans, jamais. Forcément, cela m’interpelle. On va voir ce que l’on peut mettre en œuvre. Peut-être une alerte en cas de très faible consommation d’eau. » Le bâtiment, en tout état de cause, devrait être prochainement rénové dans le cadre de la réhabilitation de la cité de Rotterdam.
 
Olivier Bitz, adjoint au maire de Strasbourg en charge du quartier des Quinze, a demandé une enquête aux services sociaux de la municipalité afin de comprendre comment l’octogénaire a pu être indétectable durant presque trois ans. La police a quant à elle confirmé que le logement ne porte trace d’aucune effraction. Le squelette fera l’objet d’une autopsie la semaine prochaine. Le médecin légiste devrait être assisté, pour ce cas peu ordinaire, d’un anthropologue.

Aurélien Poivret  DNA 

 

 

Par Simone - Publié dans : news
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