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29 juin 2013 6 29 /06 /juin /2013 12:00

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est comme un doudou. C’est comme un bout de chiffon sucé avec frénésie dans les moments d’angoisse. C’est comme un talisman chargé d’ondes positives que nous aurait donné un mage hindou après une cérémonie obscure. Il ne nous quitte pas. Il nous rassure. Mais c’est un mercenaire. Il exige une rémunération mensuelle pour sa présence bienveillante. On appelle cela un forfait.


D’où vient ce besoin de tout savoir à tout instant ?

 

Pour 30 euros par mois il nous donne tout. En illimité. On peut même téléphoner avec. Téléphoner ! Activité obsolète en ces temps de webcam et de FaceTime. On ne se téléphone plus : on se parle en direct avec vue sur les casseroles fumantes de la cuisine, sur le joyeux bordel d’une chambre ou sur les lumières tamisées d’une alcôve. Mise en scène. Mise en communication. Vibrations dans les poches. Vibrations dans le soutien-gorge. A chacun son Point A, l’endroit où il range son Android.

 

« Il est où, mon téléphone ? » Un de mes cris d’angoisse aussi souvent sorti de ma poitrine que: « Elles sont où, mes clés ? » ou « Elle dit quoi, ma prise de sang ? »

 

D’où vient ce besoin de tout savoir à tout instant ? Quelle est cette force qui me fait appuyer sur le petit cercle rond situé au bas de mon 4S à la moindre vibration. Tweeter : Pivot m’apprend que pschit peut aussi s’écrire pschitt, Léonore s’extasie devant le mot américain Zyzzyva qui est une vraie bombe pour le « scrabble » en Amérique, Denis annonce que Poutine quitte sa femme ou l’inverse.

 

Dans le fond, je m’en fous mais ces informations me ravissent…

 

Le besoin de piocher dans les non-informations est lancinant. Sur Facebook aussi. Il y a comme une jouissance à lire les changements de cap dans la vie de ces amis si virtuels qu’un jour ils disparaissent sans laisser de trace et sans que la police s’en émeuve.

 

Dorothée s’est mise à la tisane maison pour échapper aux milliardaires des capsules de café et aux dictateurs chinois qui oppressent les Tibétains. Louis a gagné une course de motos entre lui et ses deux cousins. Il affiche des photos de coupes et une vidéo de 2 minutes 30 où il crie « Champion du monde ».

Ne vous en faites pas. Hier j’ai arrêté. Je restaure de vieilles pierres. Je soigne mon jardin.

 

Denis réforme la politique mondiale. Du fond du Val d’Argent il dégomme Obama, dézingue Erdogan, propose des réformes pour la retraite et la lutte contre la précarité. Le Messie habite le Val d’Argent et le monde l’ignore. Heureusement que je suis là pour me remplir de sa science… même à 2h43 du matin… parce que toute vibration de mon téléphone me lève aussi sûrement de mon matelas qu’un pompier en cas d’alerte incendie.

 

A part cela. Je regarde « Tatort » ou les bluettes de M6 dans les salles d’attente. Avant je fulminais dès que l’attente dépassait 15 minutes. Mais c’était avant. Maintenant je fulmine si je ne peux pas aller au bout d’un épisode de Rex.

 

Fut un temps je passais mes nuits en écran total. Il était toujours illuminé. Surtout quand le téléphone ne vibrait pas. Il y a des moments où on ne comprend pas pourquoi il ne vibre pas. Dans ces moments-là on vérifie s’il est chargé… si la Wi-Fi fonctionne… si l’opérateur n’est pas en grève. On s’envoie un SMS à soi-même avec un autre téléphone, une entrée de gamme, un téléphone fait juste pour téléphoner et envoyer de simples textos sans photos et sans smileys.

000000aaaaa.jpgSans les vibrations on est Robinson Crusoé, même sans Vendredi. On est un mineur chilien enfermé au fond du trou. On est Brad Pitt perdu dans une maison de retraite où personne ne le reconnaît parce que personne ne le connaît.

Ne vous en faites pas. Hier j’ai arrêté. Je restaure de vieilles pierres. Je soigne mon jardin.

 

Les vibrations sont encore meilleures quand elles viennent de l’intérieur.



 

 

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20 juin 2013 4 20 /06 /juin /2013 12:00

 

 

 

 

 

 


 

Article paru samedi  le 15 juin 2013 :

c'était philosophie .... lundi dernier......

 

 

C’est lundi ! Le bac commence ! Et par la philo, histoire de pourvoir se rappeler ce principe de vie émis par Lao Tseu : « L’échec est le fondement de la réussite », ce qui dissout l’angoisse de ne pas voir son nom sur le tableau des bacheliers.

Mamema dit : « C’est quoi philosopher ? » Elle ne se rend pas compte lorsqu’elle dit : « La femme n’est pas libre si elle a une machine à laver mais qu’elle n’a pas le permis. » Tiens, je verrai bien ce sujet au bac. « Une femme est-elle libre si elle a une machine à laver et pas de permis ? »

La dissertation peut commencer. Une dissertation en trois points.

Premier point. Oui une femme est libre même si elle n’a qu’une machine à laver et pas le permis, car la machine à laver lui donne du temps libre pour faire ce qu’elle a envie entre sudoku et kaffeekraenzel.

Deuxième point. Non, sans permis la femme n’est pas libre, elle est prisonnière dans un périmètre géographique restreint, lorsqu’avec le permis elle pourrait découvrir le monde avec sa voiture et ainsi s’évader d’un monde étriqué.

Troisième point. La femme sans permis est libre aussi : elle peut prendre le train.

Conclusion : une femme sans permis est libre aussi. Codicille : encore faut-il que les trains ne soient pas en grève.

Car comme dit Jean-Jacques Rousseau : la liberté consiste moins à faire sa volonté qu’à ne pas être soumis à celle des autres. Autrement dit : la liberté qu’à une femme à se rendre à Strasbourg s’arrête là où commence la liberté des syndicats de la SNCF à faire grève.

La vérité n’est pas toujours conforme à l’opinion de la majorité

Citer Jean-Jacques Rousseau est stratégique. Citer un philosophe connu pour étayer ce qu’on dit, c’est du grand art. C’est dire : « Ce que j’écris là ce n’est pas con puisque de grands hommes l’ont écrit avant moi ! »

J’adore les dissertations en trois points. On a droit à un triplement de sa personnalité. On est trois en un seul cerveau. « Drei Denker wohnen ach in meinem Hirn ».

Au sortir d’une dissertation on ne sait plus très bien qui on est et pourquoi on se laisse aller à écrire des propos si contradictoires, mais si nécessaires pour faire un BTS en esthétique ascendant Botox.

Lundi, c’est philo. Tous les ans je refais les sujets dans le secret de mon alcôve bleue. Tous les samedis précédents l’épreuve – Tiens ! C’est aujourd’hui ! – Je suppute, je présume, j’éventualise. Quels sont les sujets potentiels ? Facile ! Depuis quelques années ils suivent l’actualité.

Alors ? Des idées ? Oui ! « La pluie de plus de dix jours est-elle biblique ? ». « Nos orthodontistes, nos dentistes, nos médecins sont formés en Belgique, l’intelligence est-elle dans les moules ou dans les frites ? » « Plus on composte avec bonheur dans les jardins plus on composte avec angoisse dans les gares. Pourquoi composter ? »
000000aaaaa.jpgA vos stylos ! Invoquez Kierkegaard, Freud, Spinoza et Alain. Et surtout, pour faire admettre votre vérité personnelle à un correcteur, n’oubliez pas de citer Sa Sainteté Jean Paul II : « La vérité n’est pas toujours conforme à l’opinion de la majorité. »

 

 

 

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11 juin 2013 2 11 /06 /juin /2013 00:02

 

 

 

 

 

 

 

L’ornière est comme les rails du tram, elle est confortable mais si tu la suis elle t’emmène où elle veut. Nous ne sortons pas des ornières.

 

Je suis née sous le signe de la transgression. La Sturheit bornée de mon père m’a poussée à creuser des tunnels sous la chape de son autorité autoritaire pour aller paître de la belle herbe verte ailleurs. Telle la chèvre de Monsieur Seguin, j’ai tout fait « exprès » : voter à gauche malgré la bible brandie à la page qui dit que seuls les mauvais sont à gauche, vivre en union libre dans un temps où les âmes perdues allaient encore se faire remettre les idées en place dans une maison de correction. « Du kommsch in de Bon Pasteur » («tu seras enfermée au Bon Pasteur ») hurlait celui qui disait par ailleurs qu’il y a un de ses gamètes qu’il aurait mieux fait de laisser sur le front russe – ce qui aurait fait de moi une victime non incarnée de la Seconde Guerre mondiale.

 

À ceux qui me toisaient parce que je vivais « sans être mariée, dans le péché », je rétorquais : « Je ne suis pas encore un vieux tableau, je n’ai pas besoin d’un cadre rigide ». Mais les conventions finissent par vous rattraper. Frank et moi, on s’est mariés pour que l’état veuille bien faire coïncider une bonne fois pour toutes nos deux adresses de fonctionnaires. Wir sind so konventionell. Nous adhérons au moule. « Es mues alles sini Richtigkeit hann ». Tout doit être fait correctement. Cette philosophie n’a pas perdu un iota de sa force. Le bon peuple suit les traditions, la morale et les traditions de la morale. Il se trouve toujours quelqu’un qui remette cela au goût du jour. C’est inouï ! Dans ce monde si dissolu, les pires transgresseurs terminent toujours le récit de leurs pires turpitudes par cette interjection rédemptrice « oui, mais… » : « Je bois comme un trou, oui, mais je ne prends jamais le volant en sortant d’une beuverie pour ne pas être responsable d’un accident », « Je trompe ma femme tant que je peux, oui, mais uniquement dans le club d’échangistes où nous allons tous les deux », « J’ai fait annuler l’usufruit que ma mère avait sur notre maison, oui, mais c’est pour la libérer de tous ces travaux qu’il y a à entretenir une grande maison et on lui a acheté un petit studio dans une résidence pour seniors. Elle avait même droit d’emmener un objet personnel. Sa photo de mariage. »

 

Mariage ou vie rangée pour tous ?

 

Dans la série « on veut tellement que la morale revienne qu’on l’enseigne à l’école », voilà que le mariage redevient vertu. « Mariage pour tous » ou « vie rangée pour tous » ? Alors s’il vous plaît, quelles que soient vos préférences sexuelles, retournez aux vraies valeurs pour éviter de vous faire regarder de travers ! « C’est mieux », me disait aussi maman. Hopla, puisque maman le dit. « C’est mieux d’être marié si on a des rapports! » Tiens donc ! Le mariage serait donc de la sexualité labellisée « légitime », bénie par les tampons de la République ? Ok ! Mais alors mariage pour tous les cas de « rapports » ! Il faut même un mariage en CDD pour coït rapide. Ou un service SMU « service de mariage d’urgence » avant tout opus charnel. Comme le chante Sardou : « Je veux l’épouser pour un soir. Et l’oublier un peu plus tard ». Ah, j’oubliais : le notaire ! Il faut aussi un notaire pour ces noces dare-dare. Au cas où il y ait une mort à la Félix Faure. Pour que la succession soit réglée.

000000aaaaa.jpgLe mariage pour tous, belle convention conventionnée politiquement pour réunir tous les non-conventionnels sous les ors de l’État ! Mais comme dit Mamema : « D’Hauptsach isch, es sin alli glickli » («L’essentiel est que tout le monde soit content »). Même les marchands de vaisselle. Comme dit Confucius : « Ceux qui trouvent à se marier ont du pot. On leur offre même une cocotte-minute en sus. C’est l’habitude ! »
Annabelle, ach Annabelle…

 

 

 

 

 

 

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30 mai 2013 4 30 /05 /mai /2013 00:05

 

 

 

 

 

 

 

Nous n’avons plus assez d’une vie. Dans tout ce temps libre laissé par les RTT, les fermetures nocturnes des magasins, des lave-linge, sèche-linge, les maisons de retraite et les haltes-garderies, l’ennui gagne.

Trop de temps pour soi et il n’y a plus assez de « moi » pour meubler ce temps à soi. Alors on puise dans le « ça » et le « surmoi » pour des jeux de rôle réels ou virtuels.

Germaine fait Fanon la chevrière dans des fêtes médiévales, quant à Kevin il psalmodie des vers en latin dans une représentation illustrant la vie des abbayes durant la saison estivale. Dédé le garde champêtre fait Dalida les soirs de discothèque et lui coud de nouvelles tenues les jours de fermeture. Laura se la joue effeuilleuse avec sa webcam pour se sentir femme dans la station météo du pôle où elle est toute seule. Jason poste des vidéos avec ces gags du jour pour faire le buzz sur le net à défaut de le faire en classe. Virginie s’est créé un deuxième compte Facebook au nom de Soeren Delmont et elle entretient avec elle-même une correspondance amoureuse qui ferait pâlir d’envie Balzac et Madame Hanska. Ernest le brave retraité fait d’acrobatiques hold-up avec son joystick. Qui est qui ? Où est la vraie vie ?

« Gentleman cambrioleur », « Ministre voyou », « Infirmière meurtrière », « Fille Mère », que de vies à deux volets ! Où est la vérité ?
Victor Hugo disait qu’il faut se rêver des vies surtout si on n’en a aucune !
La vie est peut-être trop courte pour ne pas en vivre plusieurs à la fois ? « Vous parlez au cuisinier ou au cocher ? », disait déjà Maître Jacques dans L’Avare de Molière et il avait deux costumes comme Don Diego qui est aussi Zorro, comme Ken Clark qui est aussi Superman, comme ce brave employé du gaz qui était aussi l’étrangleur de Boston.

Wieviel Seelen wohnen in unserer Brust ? Combien sommes-nous à l’intérieur ? Dans la vie virtuelle on croise des gens virtuels parce que dans la vraie vie on ne rencontre pas assez de vrais gens. « Jean avait cinq vrais amis et 5 000 amis Facebook ». Oui, mais à son enterrement ils n’y avait que les cinq vrais amis. Peut-être parce que sur son profil il n’a pas pu mettre « Je suis mort » et ainsi avoir 4 352 « J’aime » et 45 RIP. Jean, le vrai, reposera dans son urne depuis des lustres et son compte Facebook sera toujours actif parce que Sonia va continuer à l’inviter à jouer à Farmville, Cédric va continuer à publier des pensées positives sur son mur: « Le soleil est toujours au-dessus des nuages.» Si on a deux vies, il y en a une qui peut durer après la mort.
Et l’amour dans tout ça ?
000000aaaaa.jpg« Louis aime Isabelle », oui mais quelle partie de Louis aime quelle partie d’Isabelle ? Bien des mariages se brisent quand l’un change de métier ou de look. « J’ai épousé Barbie, je ne veux pas vivre avec une bouteille de butane. » – « J’ai épousé Tarzan, je veux quitter Schlofkapp ». Rien n’est simple.
Confucius dit : « Celui qui n’a qu’une vie a une vie simple et c’est un être simple ». E Simpel ?

 

 

 

 

Simpel.....idiot

 

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12 mai 2013 7 12 /05 /mai /2013 17:15

 

 




   Combien d’images avalons-nous par jour ? A raison de 25 images/seconde devant les films et les émissions télé, on doit atteindre les centaines de millions. Le soir, au lit, quand tout est noir, on les fait défiler. On revoit le lever du jour sous la brume, les fleurs du pommier, les taches sur le carrelage de la cuisine, le sourire de Meg Ryan à Tom Hanks. On revoit ces images répétitives que nous envoient les médias réunis.

Et alors ? Alors nos rêves sont peuplés de gens sans visage qui dansent le Gangnam style, installent des bacs de compost ou vérifient leurs prothèses. Sommes-nous dans le message subliminal ? Sommes-nous destinés à danser le Gangnam style devant notre bac de compost avant de rendre féconde l’industrie de la prothèse ?

On ne touche pas à la danse ! La danse a son origine dans la religion. Elle peut être imprécation, en implorant le ciel de nous envoyer de la pluie, du soleil ou du vent pour les éoliennes. La danse peut être appel à l’amour : un slow pour mêler les phéromones, faire vibrer les hormones et faire des mômes afin que le fisc ait toujours des contribuables, que les parcs voient toujours des enfants dans les bacs à sable et que les top-chefs aient toujours des mangeurs à leurs tables. Alors dansons !

Mais pourquoi le Gangnam style ? Les images de ce non-événement se répandent à la vitesse d’un tsunami. On se sentirait presque anormal en ignorant le déhanchement et le hennissement planétaire. Ce Coréen est plus connu que bien des chefs d’Etat, il concentre tant de suffrages qu’on se demande ce qu’il ferait de ce pouvoir s’il lorgnait vers la politique ! Un homme avec un tel prestige planétaire peut finir au bras d’une princesse monégasque… Mamema dit « Tant qu’on danse, on ne pense à rien ». Vacuité cérébrale par la danse du cheval !

Des Témoins du Compost qui vous évangélisent à domicile

On danse et on composte… Pratiquez-vous ce nouveau sport en caisson de bois ? Non ? Pfui alors, vous n’avez rien compris au cycle de vie. Les épluchures de vos carottes, de vos pommes de terre et de vos navets amenderont la terre pour vous donner d’autres carottes, pommes de terre et navets. Les épluchures de carottes peuvent même donner des asperges ou des fraises : tout est dans tout !

Vous n’échapperez pas à ce phénomène. Des Témoins du Compost vous évangélisent à domicile dans un « Humus pro nobis » vibrant et incantatoire. La rédemption est dans le recyclage ; rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme… en fumier.

Tout se transforme et la lèvre devient botox, le sein devient silicone, la hanche devient prothèse et le médecin devient charlatan. Le nutritionniste devient spécialiste de la prothèse mammaire comme le coiffeur peut devenir prof de maths selon le principe : qui sait couper les cheveux en quatre peut apprendre le calcul aux mômes ; qui s’occupe de nutrition peut s’occuper des seins dont sort le premier aliment !

La prothèse sévit. C’est un marché en plein boom. Dans un monde où l’acier meurt, le titane vient de naître à la gloire. Le silicone aussi. Les seins implosent, les procès explosent. Dieu, protégez-nous des prothèses !

000000aaaaa.jpgLe sage a raison quand il dit « On ne peut pas échapper aux modes ». La mode est un impératif radical. Qu’on peut toutefois neutraliser avec un impératif cordial : « Allez vous faire voir… s’il vous plaît ! »

 

 

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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 00:04

 

 

 

 

 

 

 


  Coincés dans les embouteillages, pratiquez-vous la lecture ou vous contentez-vous de voir les doigts s’agiter dans les narines, les bouches articuler des mots muets vers des oreillettes coincées dans les pavillons avec un petit fil qui dépasse, comme pour les tampons ?

  Pour ma part, j’ai un regard synoptique mais surtout concentré sur les files de petits utilitaires et des camions.

  Les petits utilitaires sont pour moi comme des antichambres de chantier, là où l’ouvrier déjà « en service » véhicule le matériel du patron et ses méditations personnelles sur le boulot, la vie et les infos diffusées par son autoradio.

  Les camions me font voyager dans les pays de l’Est, surtout en République tchèque, Pologne et Croatie avec leurs plaques d’immatriculation qui sont autant de rébus pour permettre à mes neurones de s’affûter.

  Pourtant ce sont les inscriptions sur les petits utilitaires qui retiennent mon attention ! Ce sont des documents sur notre société, ils sont mobiles et rendent donc visibles aux yeux de tous les changements qui s’opèrent dans notre environnement immédiat.

« Où que vous soyez »

  A côté des « Arsène Muller entreprise de peinture depuis 1876 », les « Louis Schmitt ébénisterie d’art » ou « Bouffe-Bouffe Traiteur », le haut du pavé est tenu par « SOS dépannage minute », « SOS jardins », « SOS portage de repas », « SOS courses ».

  Zorro ne vient plus masqué assis sur son cheval au galop, Superman ne met plus sa combinaison rouge et bleue. Zorro a un numéro de téléphone et un Siret. Superman aussi. Ils ont une camionnette qui annonce leur disponibilité à vous venir en aide. Où que vous soyez.

  On vous change la roue où que vous soyez. On vous change le pare-brise où que vous soyez. On vous apporte votre casse-croûte où que vous soyez. On vous apporte votre repas d’anniversaire à domicile avec nappes et bougies n’importe quel jour. On vous garde mémé pendant que vous êtes en vacances. On vous bêche votre jardin quand vous avez mal au dos. On gère votre téléphone en votre absence. C’est no-souci. Déchargez-vous !

  Les anges gardiens se déplacent en camionnettes. Tous, pas seulement les ambulanciers, les pompiers et les policiers. Le réseau est dense. En plus, les inscriptions le disent : « Entreprise conventionnée. Services déductibles des impôts ». La paix intérieure est payée par l’Etat. Ce sont autant de Lexomil et d’anti-stress économisés.
Des rêves de jeunes se recroquevillent

  Nous vivons une époque formidable. Comme dirait mamema : « S’il nous arrive quelque chose, tout ce qui peut nous arriver est pris en main quand les services à la personne arrivent ».

  Les rêves de carrière de nos jeunes se recroquevillent dans ce débouché si évident. On entend : « Je voudrais devenir avocat, sinon je vais m’occuper de personnes âgées », « Je vais faire The Voice et si ça ne marche pas je monterai une auto-entreprise de services au jardin. J’ai juste une tondeuse à acheter ».

  On entend même : « Comme les études sont compliquées et que je ne veux pas subir que des échecs, je fais des ménages chez les gens. Par le Césu. Chèques emplois service ».

  Après les années « Teppaz, bac et bungalow », on a les années « Vinaigre blanc, plumeau et Javel ».
On met Mozart sur une voie de garage

  Les horizons se sont rétrécis pour des jeunes à qui on coupe les rêves dans les humiliations des concours scolaires. On ne laisse qu’une voie de garage à des Mozart, des Cerdan ou des Lalique recalés dans des concours où ce qui prime est de savoir extraire des racines carrées, philosopher sur le moi et le surmoi qui doivent écraser le ça.

  Notre monde est fait de gens assistés dans leurs échecs par des autorités qui en font des assistants pour des personnes ayant besoin d’une assistance physique. La République devient l’Assistance publique.

  000000aaaaa.jpgComme dit Confucius, « Kevin est heureux. Il a eu une subvention pour s’acheter une camionnette. Il a créé un service de dépannage pour dépanner les camionnettes de service ».

 

 

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20 avril 2013 6 20 /04 /avril /2013 00:05

 

 

 

 

 

 

  C’est un mot à la mode : casting. « Faire un casting » se conjugue à tous les temps mais surtout au conditionnel, comme Petit Gibus : « Si j’aurais su, j’aurais pas venu »…

 C’est qu’on vient de loin, la peur et un petit sandwich dans le ventre, pour se soumettre à l’arbitrage des juges suprêmes adoubés par les producteurs télé qui regardent sur un écran de surveillance la foule compacte des pressentis pour le « casse-toi ».

Des épreuves qui n’ont ni queue ni tête, mais justement…

 Ils sont venus de partout chanter la dernière de Zaz ou de M. Pokora, danser le tango avec un clone de Jennifer Lopez recruté à cet effet, avaler des insectes crus, faire cuire un lapin à l’étouffée sur un lit de foin, imiter Canteloup, étaler des connaissances Wikipédia sur le Berry oriental ou coller du papier peint pour être retenu dans une émission de déco.

 Dans ces déplacements massifs de populations rendues monomaniaques à l’idée de réaliser leur rêve, il s’agit de distiller 24 heures de rang des programmes à très petits budgets. Les vrais acteurs de ces rendez-vous télé sont des jeunes ou moins jeunes triés selon des critères qui tiennent aussi bien du dossier DDASS que du cahier de charges du cirque : c’est mieux si le candidat a une histoire personnelle particulière : enfant abandonné, fille mère à 11 ans pour avoir de la matière entre deux questions du jeu.

Le trac, puis tout simplement l’envie de manger quelque chose…

 Et c’est encore mieux si le candidat est ridicule : ça nous fera de bons moments de bêtisier ou le buzz total sur le net !

 Filmez-les aussi dans les files d’attente, on a besoin d’images pour la rubrique : que portent les gens dans la rue ?

 Ou plus cruel : « Tâchez de me trouver de nouvelles têtes pour les scènes parce que le Botox et la silicone ont des limites ».

 Dans les rangs de ceux qui y croient encore, le trac cède la place à l’envie de manger, de boire, de pisser, de s’asseoir.

 Cinq heures qu’ils sont là, debout derrière des barreaux, pressés contre le mur par des hommes en noir qui font gardes-chiourmes le jour et videurs la nuit.

 Dans la masse, des amitiés improbables se nouent, baptisées dans le partage d’une bouteille d’eau, scellées dans les larmes de la désillusion. On s’aime. On se déteste aussi, parce qu’après tout l’autre est là pour te dégommer…

 000000aaaaa.jpgCinq heures d’attente pour voir un pouce pointé vers le bas. Mais ouf, tu peux aller pisser. Comme Brel, tu pisses comme tu pleures, ça libère plus vite que les larmes…

  Confucius a dit : « Pour arriver de rien à rien, il faut en faire, du chemin »…

 

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2 avril 2013 2 02 /04 /avril /2013 00:05

 

 

 


 

 

 

 

 

  Sacré soleil !! Tu n’es jamais là quand on t’attend. Tu permets que des cordes de pluie arrosent nos fêtes du Waedele et nos festivals de théâtre au Château. Tu nous fais faux bond pendant des mois, nous mettant au bord du désespoir et sous les lampes bienfaisantes d’un lumino-thérapeute, là où nous pouvons oublier que les maladies progressent, que le niveau de vie régresse, que nos jeunes sont en détresse et que notre droit à l’amour dépend de la dimension de nos fesses. Le monde va ver la Parousie, cette fin de monde que même Cecil B. de Mille n’aurait pu imaginer dans son meilleur scénario. Et pendant ce temps, les collants continuent de filer.

Jamais je n’avais eu vent du désarroi des femmes devant cette hécatombe de collants et devant la fatalité des mailles qui filent. Et il est vrai : qui songe au drame de ces femmes qui gardent un brin de féminité en mettant des jupes ou des robes, de ces femmes qui évitent ces burqas bleues qui voilent les jambes sans que quiconque ne trouve à redire ? Il faut le dire: oser le collant, c’est risquer la maille qui file, laissant une traînée blanche! Une de ces traînées blanches qui tuerait même le charme de Monica Bellucci! Une traînée blanche qui transforme un tailleur Chanel en fripe dégotée chez Emmaüs ! Et voilà que des femmes conscientes de ce drame jusqu’alors muet, des femmes attentives aux sommes englouties dans l’achat répété de ces bas arachnéens et siamois se rebiffent et somment le gouvernement de légiférer sur la solidité des collants !! Tout cela est dans la presse. Le collant devient une affaire d’Etat !!!

Il faut que la maille aille !

Le collant serait-il moins important que les rythmes scolaires, le mariage pour tous et la procréation assistée ? N’y a-t-il pas de la pédagogie dans la dissertation publique sur le sujet: «Et si les sommes dépensées par les collants empêchaient les ménages de se fournir en électroménager, en home-cinéma et en vacances au bord de la mer ?» Deux cents euros par an pour des collants. 10 000 euros en 50 ans de vie! Sans compter les frais de psy où l’on se frappe la coulpe : «Je n’arrive pas à faire durer une paire de collants. Suis-je faite alors pour une vie de couple ?»

Le mariage est pour tous, et voilà qu’il y en a qui n’osent pas se lancer par peur de voir filer trop de collants dans le cercle conjugal!! Qui aurait pensé à toutes les conséquences économiques et sociologiques liées aux collants ! Que fait le gouvernement ? Il faut que la maille soit forte... Il faut que la maille aille !! La maille est faible.

000000aaaaa.jpg

Même les cambrioleurs préfèrent le passe-montagne en laine au collant dont les mailles qui filent pourraient permettre leur identification. Les femmes en ont marre de voir leurs collants finir en «fleurs de mailles teintes en rose ou en jaune» pour trôner dans un vase.
Comme dit La Palisse : «Les collants, c’est comme les varices : on doit les voir sur les jambes des femmes.»

 


 

 

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10 mars 2013 7 10 /03 /mars /2013 19:28

 

 

Un œil vers la Bavière pour dire « au revoir et merci à Joseph Ratzinger » et pour faire un clin d’œil à l’autre Bavarois, le cabarettiste Karl Valentin (1882-1948). Le rêve de Valentin était de rendre le théâtre obligatoire afin de remplir les théâtres.
 
Ne riez pas : on a tous connu les drames et les comédies dites « classiques » des tournées Herbert & Karsenty où nous allions en culottes courtes, tout heureux d’échapper aux dissections de souris et aux radioscopies des verbes conjugués. Nous y allions le cœur léger et le sachet rempli de Lutti au chocolat pour le goûter et d’avions en papier pour le chahut. Nous avons connu le théâtre obligatoire avec ses tirades en sandales romaines, ses monologues en courtepointes et ses Alice Sapritch en jeunes premières.
 
Et voilà que nous connaissons le cinéma obligatoire, même pas toujours encadrés par l’aréopage de profs qui savent très bien qu’entre un cours sur Lincoln ou sur Malcolm X, l’élève préférera les sièges capitonnés d’une salle obscure aux longues explications du titulaire du CAPES d’histoire. Je vous parle du cinéma obligatoire parce que je viens d’en être victime.

Le cinéma obligatoire
 Cela s’est passé dans un avion au long cours car dans les avions au long cours le cinéma est obligatoire si tu ne veux pas passer ton temps à lorgner la bouche ouverte de ton voisin plongé dans le sommeil. Tu « la boucles » devant les aventures d’un chien surdimensionné qui joue au tsunami dans une cuisine américaine, devant l’œil hagard d’une Desperate Housewive ou devant une bluette narrant les amours tumultueuses d’un businessman. Tu regardes et tu regardes… Comme tu regardes sur un écran géant du bout du monde un film « local » au milieu d’un public « local », dans la langue « locale », parce que c’est inscrit au programme de ton tour-opérateur. Et finalement tu ris en voyant tes voisins rire et tu ne sens pas les chaînes de l’obligation parce que tu suces une glace aux parfums « locaux » devant les images en Technicolor.
 
Avaler ! Que ne devons-nous avaler pour être dans la norme… Hier encore j’ai avalé du cinéma obligatoire, un de ces films qu’il faut avoir vu pour appartenir à « ceux qui apprécient l’art et la culture ». J’ai regardé « Amour ». Parce qu’on ne peut pas manquer un chef-d’œuvre. Et j’ai fui !
 
Oui ! Vous pouvez me jeter vos cornets de pop-corn ou vos diatribes, j’ai fui. Pourquoi ce concentré de douleur ? Même la fille (Isabelle Huppert) a un rôle de victime avec ses tribulations de cocue débordée par une tournée marquée par l’insuccès. Moi je dis stop !

Olympiades en fauteuil
 
J’ai connu des couples aux gestes difficiles et tendres mais qui ont continué à avoir la dynamique d’une « tatie Danièle », de ces empêcheurs de tourner en rond en chaussures à « scratch », de ces dictateurs en bas de contention.
 
J’en ai vu, dans les maisons de retraite, de ces têtes grises faisant les olympiades en fauteuil pour arriver premier devant l’assiette de purée de poireaux. J’entends encore Georges arpenter les rues sur une seule jambe et dire « je sais que je peux mourir sous les roues d’un camion mais je peux aussi mourir sous la laine de ma couette ».
 
000000aaaaa.jpgComme le chanterait Brassens,
 
« La vie est à peu près leur seul luxe ici bas
Car, enfin, la Camarde est assez vigilante,
Elle n’a pas besoin qu’on lui tienne la faux,
Plus de danse macabre autour des échafauds ! »
 
Et comme dit mamema qui est plus que nonagénaire, « d’Alte gehn mer uff d’nerfe » (Je ne supporte pas les vieux) !

 

 

 

 

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1 mars 2013 5 01 /03 /mars /2013 12:40

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Je suis née trop tard. Je veux tout effacer et tout recommencer.
Nous sommes dans la civilisation du « Pour tous » qui accorde à nos concitoyens les mêmes droits au « Mariage pour tous », les mêmes stress « Moins d’argent pour tous », les mêmes possibilités de se ridiculiser sur les écrans plats « Reality Show pour tous ».
 
Au nom de ce sacro-saint principe, je veux reprendre ma vie au moment précis où je venais de réussir ma première multiplication cellulaire dans le sein de ma mère ayant enfin échappé à la chair de mon père. Ouf !
 
A ce stade-là mon géniteur pourrait aller manger ses pommes de terre rôties et son Munster ailleurs.
 
Pour ma réincarnation, il me faudrait être un enfant de parent isolé avec une maman prof écolo et complètement immergée dans la doctrine suivante : « Le fœtus est à l’adulte ce que l’Applestore est à l’Ipad : on peut y mettre plein d’applications ! »
 
Je voudrais l’application « Je connais la musique » ! Maman n’aurait qu’à me gaver d’œuvres classiques en attachant un MP3 sur son ventre à l’aide d’une ceinture.
 
Lors de la fête célébrant mon troisième anniversaire, à la question « Aimez-vous Brahms ? », je pourrais répondre « Oui, mais je préfère Chopin ».
Et si maman refusait ?
 Je voudrais l’application « Je parle toutes les langues » pour enfin comprendre ce qu’on dit dans mon dos dans ces langues que les médisants apprennent pour commettre l’insulte en toute impunité.
 
Enfin, je voudrais l’application : « Je suis merveilleuse » qui me permettrait d’être mince, belle et douée pour la chanson, même si, pour arriver à ce triple succès, je devais passer la vie à manger du poulet Dukan, à me faire plier au design de William Carnimolla et aux difficultés du stretching sur Wii.
 
Je voudrais atteindre cette perfection des filles des magazines et pouvoir aussi époustoufler Dave, Chris Marques ou Lio.
 
Alors ? Je peux revenir en arrière ? Dois-je accrocher ma voiture au clocher d’une église à minuit ? Dois-je vérifier si tous ceux qui peuplent ce monde ne sont pas endormis depuis 100 ans pour expier une de mes enfantines bêtises ?
 
Les vraies questions se posent et si près de la décision finale, voilà que le doute s’installe. Et si maman refusait cette grossesse avec le recul ? Et s’il y avait des chiffres alarmants de mortalité infantile dans cette époque dans laquelle je voudrais voir le jour ? Et si je ne rencontrais pas mon Robert à mon nouvel âge adulte ?
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Même les rêves nous font peur de nos jours. Comme dit Confucius : « Vivre dans les rêves c’est aussi difficile que de vivre dans la vraie vie… sauf que tu ne paies rien quand tu prends le bus »

 

 



 

 

 

 

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deytsc

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