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9 décembre 2010 4 09 /12 /décembre /2010 09:00

 

 

 

 

 

 

 

 

"Si j'étais plante, je ne voudrais pas être de ces plantes qui ont trop affaire à l'homme.

Ni avoine, ni blé, ni orge parqués, sans pouvoir en sortir, dans un champ en règle - et on ne laisse même pas aux blés leurs bleuets pour se distraire - ni surtout ces légumes soumis et rangés, ces carottes alignées, ces haricots qu'on dirige à la baguette, ces salades qu'on force à pâlir en leur serrant le coeur quand il fait si beau alentour et qu'elles voudraient bien être grandes ouvertes.

J'accepterais encore d'être herbe à tisane, serpolet ou mauve, ou sauge, pourvu que ce fût dans un de ces hauts battus des vents où ne vont les cueillir que les bergers.

Mais j'aimerais mieux être bruyère, gentiane bleue, ajonc, chardon au besoin, sur une lande abandonnée, ou même un champignon pas vénéneux, mais pas non plus trop comestible, qui naît dans la mousse, un matin, au creux le plus noir du bois, qui devient rose sans qu'on le voie et meurt tout seul le lendemain sans que personne s'en mêle.

Et si j'étais animal, je ne voudrais pas être bête de maison ou de ferme, pas même la chèvre qu'on attache au piquet et qu'on rentre dans une étable pour la traire, ni une de ces poules dans la basse-cour, toutes mêlées aux marchés de l'homme et qui peuvent se dire l'une à l'autre quand elles ont pondu un oeuf : " C'est quinze sous que j'ai fait là et je vaux dix francs la livre "...

Non ! Non ! J'aimerais mieux être lièvre, ou renard, ou biche, ou rossignol qui ne rencontrent l'homme jamais que le jour où il les tue.

Et j'aurai été toute ma vie animal des plus domestiques, bête de somme, chien attaché, serin en cage. Ou légume à faire la soupe. C'était la volonté de Dieu."

 

 

 

 

Marie Noël, de son vrai nom Marie Rouget, est une poétesse et écrivain française, née le 16 février 1883 à Auxerre, décédée le 23 décembre 1967. Elle est officier de la Légion d'honneur.

 

 

 

 

 

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8 décembre 2010 3 08 /12 /décembre /2010 01:04
"Dans chaque épreuve, ne cherchez pas l'ennemi, cherchez l'enseignement"

 

 

 

 

 

 
Il y a, dans chaque semaine, deux jours pour lesquels on ne devrait pas se tracasser, deux jours qui devraient être exempts de la crainte et de l’appréhension.
L’un de ces jours est Hier, avec ses erreurs et ses soucis, ses fautes et ses bévues, ses maux et ses peines, Hier s’échappe à jamais de nos mains.
Tout l’or du monde ne peut faire revivre Hier. Nous ne pouvons défaire un seul des actes posés; nous ne pouvons retirer une seule des paroles prononcées.
Hier n’est plus.
L’autre jour qui ne devrait pas nous inquiéter est Demain avec ses misères possibles, ses fardeaux, ses larges espérances et ses pauvres accomplissements.
Demain est aussi hors de notre portée.
Demain, le soleil se lèvera dans toute sa splendeur ou derrière un écran de nuages, mais il se lèvera. Jusqu’à cet instant, nous n’avons pas de mise sur Demain, parce qu’il est encore à venir.
Il ne reste qu’un jour :  Aujourd’hui. Tout homme peut livrer les combats d’un seul jour. C’est seulement lorsque vous et moi ajoutons les fardeaux de ces deux redoutables éternités, Hier et Demain, que nous sommes vaincus.
Ce ne sont pas les épreuves d’un jour qui rendent les hommes fous, c’est le remords ou la rancœur d’un incident qui est arrivé Hier et la crainte de ce que Demain peut apporter.
Vivons donc un seul jour à la fois.

 

 

 

 

 

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7 décembre 2010 2 07 /12 /décembre /2010 01:02

 

 

 

 

Le temps qui passe

Le temps

qui ne passe pas

Le temps qu'on tue

Le temps de compter jusqu'à dix

Le temps

qu'on n'a pas

Le temps qu'il fait
Le temps

de s'ennuyer

Le temps de rêver

Le temps de l'agonie

Le temps qu'on perd

Le temps d'aimer

Le temps des cerises

Le mauvais temps
et le bon et le beau et le froid
et le temps chaud

-
P. Soupault

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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21 novembre 2010 7 21 /11 /novembre /2010 01:10

 

 

Je t'écris de la main gauche
Celle qui n'a jamais parlé
Elle hésite, elle est si gauche
Que je l'ai toujours cachée
Je la mettais dans ma poche
Et là elle broyait du noir
Elle jouait avec les croches
Et s'inventait des histoires
ooo
Je t'écris de la main gauche
Celle qui n'a jamais compté
C'est celle qui faisait les fautes
Du moins on l'a raconté
Je m'efforçais de la perdre
Pour trouver le droit chemin
Une vie sans grand mystère
Où l'on n' se donne pas la main
ooo
Des mots dans la marge étroite
Tout tremblants qui font des dessins
Je me sens si maladroite
Et pourtant je me sens bien
Tiens voilà c'est ma détresse
Tiens voilà c'est la vérité
Je vais, je n'ai plus d'adresse
Rien qu'une fausse identité
ooo
Je t'écris de la main bête
Qui n'a pas le poing serré
Pour la guerre elle n'est pas prête
Pour le pouvoir n'est pas douée
Voilà que je la découvre
Comme un trésor oublié
Une vue que je recouvre
Pour les sentiers égarés
ooo
On prend tous la ligne droite
C'est plus court, oh ! oui, c'est plus court
On voit pas qu'elle est étroite
Il n'y a plus place pour l'amour
Je voulais dire que je t'aime
Sans espoir et sans regret
Je voulais dire que je t'aime, t'aime
Parce que ça semble vrai


ooo

 

 

 

Danielle Messia
Jean Fredenucci
1982

 


 

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15 novembre 2010 1 15 /11 /novembre /2010 01:15

 

 

 

 

 

 

 

A l'informaticien de mon coeur,

 
Mon Amour,

 
Je suis venue surfer sur ton web, impromptue,
Transférant mes données, bousculant tes menus.
Sur quoi vas-tu cliquer, supprimer ? Insérer ?
Vas-tu scanneriser mon image ou quitter ?
Je sais, j'ai investi, un à un, tes programmes,
Semé dans tes circuits mes messages, mes charmes.
Souhaiterais-tu graver, inscrire en ta mémoire
Mon virus effronté ?

Je voudrais tant le croire.
Ne suis-je qu'une option, la petite souris
Entrée par effraction sur l'écran de ta vie ?
Je me verrais si bien grignoter tes murs gris...
Ouvrirais-tu les mains pour m'en faire un tapis ?
Mon cœur, tu m'as saisie dans tes fichiers secrets.
Et je compte depuis nos rendez-vous discrets.
Tu viens te connecter à moi, fuyant ton site,
Le cœur déboussolé entre deux favorites...
C'est vrai, j'ai piraté l'ordinateur central...
J'ai choisi de t'aimer, patienter m'est égal
Et si tu m'aimes autant que mon cœur le devine,
N'aie pas peur, j'ai le temps.

Lançons bien la machine !
Pas question que tu viennes à moi pour te planter.
Sois sûr, quoi qu'il advienne, de ne pas te tromper.
Par contre, si j'ai tort, alors, tant pis pour moi.
De ton PC je sors ma disquette hors la-loi,
Te laisse à tes nuits blanches, par amour, par respect,
J'éteins tout, je débranche.

Et puis, je disparais !
 
Ton petit Wana "doux"

 
Marie Guillon

"1er prix - Les Plumes D'Amour"
 Point de Vue

 

réédition  26 mai 2006...link


 

 

 

 


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23 octobre 2010 6 23 /10 /octobre /2010 00:04
 
Je t'aime et tu m'aimes
Je vais demander
Trois jours de congé
Et on se marie
 On vivra tranquille
C'est pas difficile
Suffira d' faire des économies
 On f'ra un enfant
Deux kilos seulement
Avec une timbale
A ses initiales
 Il ira très loin
Ce s'ra un génie
Suffira d' faire des économies
 Et toi et moi
On vivra la vie qu'on voudra
On s'endormira
Le soir de bonne heure
Les bras dans les bras
Et toi et moi
 Pas besoin d'aller chercher
Le bonheur plus loin
Il est là
Bien à l'abri
Des rideaux Vichy.

 

Tu auras des fleurs
Devant l' pavillon
J' frai la cuisine
Tous les samedis
 On f'ra en quinze jours
L'Asie en charter
Suffira d' faire des économies
 
Et puis, quand viendra
La fin des folies
On regardera
Nos photographies
On mourra tranquille
C'est pas difficile
Suffira d'faire des économies
Et toi et moi


Alain Bashung,

 1er décembre 1947  -  14 mars 2009

 

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6 octobre 2010 3 06 /10 /octobre /2010 00:01

 

 

 

 

  Georges Brassens
LES AMOUREUX DES BANCS PUBLICS


Les gens qui voient de travers
Pensent que les bancs verts
Qu'on voit sur les trottoirs
Sont faits pour les impotents ou les ventripotents
Mais c'est une absurdité
Car à la vérité
Ils sont là c'est notoire
Pour accueillir quelque temps les amours débutants

Les amoureux qui se bécotent sur les bancs publics,
Bancs publics, bancs publics,
En se fouettant pas mal du regard oblique
Des passants honnêtes
Les amoureux qui se bécotent sur les bancs publics,
Bancs publics, bancs publics,
En se disant des "Je t'aime" pathétiques
Ont des petites gueule bien sympathiques.

Ils se tiennent par la main
Parlent du lendemain
Du papier bleu d'azur
Que revêtiront les murs de leur chambre à coucher.
Ils se voient déjà doucement
Elle cousant, lui fumant,
Dans un bien-être sur
Et choisissant les prénoms de leur premier bébé

Les amoureux qui se bécotent sur les bancs publics,
Bancs publics, bancs publics,
En se fouettant pas mal du regard oblique
Des passants honnêtes
Les amoureux qui se bécotent sur les bancs publics,
Bancs publics, bancs publics,
En se disant des "Je t'aime" pathétiques
Ont des petites gueule bien sympathiques.

Quand la sainte famille machin
Croise sur son chemin
Deux de ces malappris
Elle leur décoche en passant des propos venimeux
N'empêche que toute la famille
Le père la mère la fille
Le fils le saint esprit
Voudrait bien de temps en temps pouvoir se conduire comme eux.

Les amoureux qui se bécotent sur les bancs publics,
Bancs publics, bancs publics,
En se fouettant pas mal du regard oblique
Des passants honnêtes
Les amoureux qui se bécotent sur les bancs publics,
Bancs publics, bancs publics,
En se disant des "Je t'aime" pathétiques
Ont des petites gueule bien sympathiques.

Quand les mois auront passé
Quand seront apaisés
Leurs beaux rêves flambants
Quand leur ciel se couvrira de gros nuages lourds
Ils s'apercevront émus
Que c'est au hasard des rues
Sur un de ces fameux bancs
Qu'ils ont vécu le meilleur morceau de leur amour.

Les amoureux qui se bécotent sur les bancs publics,
Bancs publics, bancs publics,
En se fouettant pas mal du regard oblique
Des passants honnêtes
Les amoureux qui se bécotent sur les bancs publics,
Bancs publics, bancs publics,
En se disant des "Je t'aime" pathétiques
Ont des petites gueule bien sympathiques.

 


 DNA ?

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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 00:03

 

 

 

 


Vous m’avez allumée et vous me regardez, rêveur. Vous êtes peut-être heureux de m’avoir.             
 Moi, en tout cas, je me réjouis d’être allumée.

Si je ne brûlais pas, je serais comme les autres, dans une boîte, où je n’ai pas de signification.

Ma raison d’être, je l’ai seulement lorsque je suis allumée, car alors j’existe.
Bien sûr, depuis que je suis allumée, j’ai rapetissé et bientôt je ne serai plus qu’une pâle lueur.

Mais il en est ainsi : ou bien je reste entière, rangée dans une boîte et, dans ce cas, je ne sais pas vraiment ce que je fais sur terre... ou bien je répands lumière et rêveries, et alors je sais pourquoi je suis là, pourquoi j’existe.

Pour cela, je dois donner quelque chose de moi, me donner moi-même.  C’est mieux que d’être dans une boîte en carton.
      « Il en est de même pour vous. »


Ou bien vous vivez pour vous, vous ne perdez rien, mais aussi, vous ne savez pas au juste pourquoi... ou bien, vous donnez lumière et chaleur, alors les gens se réjouissent de votre présence.

Vous n’êtes pas pour rien sur terre mais vous devez aussi donner quelque chose de vous.  N’ayez pas peur si, ce faisant, vous devenez plus petit, c’est seulement de l’extérieur...

Je suis une bougie unique.  Lorsque je suis allumée, la lumière et la chaleur qui se dégagent de moi ne sont pas fortes mais,  par contre, avec d’autres bougies, toutes ensemble, grande devient notre clarté et forte est notre chaleur.
       « Il en est de même pour vous. »

La lumière que vous donnez n’est pas grand-chose, mais, avec celle des autres, c’est énorme.

Il y a parfois des pannes de courant à la maison, il fait noir d’un seul coup.
Alors tout le monde pense : « Vite, une bougie  », et l’obscurité est ainsi vaincue grâce à une seule flamme.
        « Il en est de même pour vous. »

Tout n’est pas idéal dans ce monde. Beaucoup se plaignent, certains n’arrêtent pas de se lamenter.

Alors, n’oubliez pas qu’une seule flamme est encore plus que l’obscurité.

Prenez courage et n’attendez pas les autres. 
Soyez allumés et brûlez. Et si vous avez des doutes,  alors prenez une bougie et allumez-la. Regardez cette flamme et comprenez .

 

 

                          

                  Merci pour votre visite.

 


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27 août 2010 5 27 /08 /août /2010 00:02

 

(Il ne faut surtout pas perdre le fil… car c’est très subtil !)

 

 

 



 

 

 

Loin des vieux livres de grammaire, Écoutez comment un beau soir,  Ma mère m'enseigna les mystères Du verbe être et du verbe avoir.

Parmi mes meilleurs auxiliaires, Il est deux verbes originaux. Avoir et Être étaient deux frères  Que j'ai connus dès le berceau.

Bien qu'opposés de caractère, On pouvait les croire jumeaux, Tant leur histoire est singulière. Mais ces deux frères étaient rivaux.

Ce qu'Avoir aurait voulu être Être voulait toujours l'avoir. À ne vouloir ni dieu ni maître, Le verbe Être s'est fait avoir.

Son frère Avoir était en banque Et faisait un grand numéro, Alors qu'Être, toujours en manque. Souffrait beaucoup dans son ego.

Pendant qu'Être apprenait à lire Et faisait ses humanités, De son côté sans rien lui dire Avoir apprenait à compter.

Et il amassait des fortunes En avoirs, en liquidités, Pendant qu'Être, un peu dans la lune S'était laissé déposséder.

Avoir était ostentatoire Lorsqu'il se montrait généreux, Être en revanche, et c'est notoire, Est bien souvent présomptueux.

Avoir voyage en classe Affaires. Il met tous ses titres à l'abri. Alors qu'Être est plus débonnaire, Il ne gardera rien pour lui.

Sa richesse est tout intérieure, Ce sont les choses de l'esprit. Le verbe Être est tout en pudeur, Et sa noblesse est à ce prix.

Un jour à force de chimères Pour parvenir à un accord, Entre verbes ça peut se faire, Ils conjuguèrent leurs efforts.

Et pour ne pas perdre la face Au milieu des mots rassemblés, Ils se sont répartis les tâches Pour enfin se réconcilier.

Le verbe Avoir a besoin d'Être Parce qu'être, c'est exister. Le verbe Être a besoin d'avoirs Pour enrichir ses bons côtés.

Et de palabres interminables En arguties alambiquées, Nos deux frères inséparables Ont pu être et avoir été.

 

 

 


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20 août 2010 5 20 /08 /août /2010 00:08


 

 

Cher frère blanc,

Quand je suis né, j'étais noir,
Quand j'ai grandi, j'étais noir,
Quand je suis au soleil, je suis noir,
Quand je suis malade, je suis noir,
Quand je mourrai, je serai noir.
Tandis que toi, homme blanc,
Quand tu es né, tu étais rose,
Quand tu as grandi, tu étais blanc,
Quand tu vas au soleil, tu es rouge,
Quand tu as froid, tu es bleu,
Quand tu as peur, tu es vert,
Quand tu es malade, tu es jaune,
Quand tu mourras, tu seras gris.
Alors, de nous deux,
Qui est l'homme de couleur ?
 

Léopold-Sédar Senghor  (1906-2001)
poète, écrivain et homme politique sénégalais

 

 

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