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Les voeux sont à l'exact inverse des brosses à dents : ils ne valent que par leur échange. Dans la veine du bon sentiment à date fixe, on en voit de tous commerces. Les dispositions de l'esprit se dévoilent dès la poignée de main. Il y a des gens qui vous servent leur paluche comme d'autres vous tendraient une serpillière.
Il faut passer par en-dessous pour avoir une chance de s'approprier l'un ou l'autre doigt, s'agripper à la paume que l'on consent à vous abandonner et essorer le tout dans une tentative pathétique de garder contenance.
D'autres vous broient les phalanges comme s'il s'agissait de faire rendre l'âme à un volatile nuisible, glissant d'un sourire « Bonne santé ! », et se doutant bien que, de la main valide, on ne songe plus qu'à appeler le Samu pour un polytraumatisme aggravé du métacarpe. Un joli tsunami de voeux.
Il y a ceux qui vous tombent théâtralement dans les bras, larguent un tsunami de bises baveuses et vous souhaitent le meilleur de monde, sans même se douter que vous en êtes encore à rechercher leur bon sang de bonsoir de prénom.
Il y a aussi, quoi que de plus en plus rarement, les révérencieux, qui plient l'échine tout en égrenant une incroyable liste de civilités à l'égard de vous-même, de votre famille, de vos amis, de vos voisins et de quiconque
sera amené à respirer l'air de votre bureau, tournant des talons avant même que vous ayez pu bafouiller la moindre banalité. Il y a les utilitaires : « Bonne année, et alors, notre rendez-vous, c'est pour quand ? » Les persifleurs : « Meilleure année que celle que vous venez de passer, hein ! »
Les pressés : « Au revoir et bonne année ». Les compatissants : « Moi, ce que je vous souhaite, vraiment, mais vraiment, vraiment, vraiment, c'est que tout aille bien, toujours ». Les intéressés : « Si par miracle vous venait la chance, vous avez mon numéro, ou pas ? ».
Il y a enfin ceux qui ont pris, pour bonne résolution, de faire voeu de bienveillance mutique. A ceux-là aussi, bonne année.
Didier Rose - 2008
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