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Maintenant on peut regarder la radio comme on peut écouter la télé sans regarder l’image. Il n’y a pas que dans les chromosomes qu’il y a confusion de genre. Une radio pure, qui parle aux gens, sans passer par des vidéos, même en direct, ça n’existe plus. On regarde la radio. Pour cela on est assis à son ordinateur ou devant son téléphone l’œil rivé sur l’écran. Avec mes grands-parents aussi on regardait la radio, ou plutôt le poste de radio. Le samedi soir on était assis autour et on fixait des yeux ce meuble immense qui cachait une bouteille de Guignolet Kirsch, une de Maawebitter (Fernet-Branca) et une bouteille de liqueur de crème de cacao d’Aiguebelle dans une porte dérobée. Nous étions assis aussi près de ce poste à galène pour ne pas perdre un mot du Elsasser Owe.
La radio n’existe plus en tant que telle. C’est l’époque qui veut ça. On n’est plus fidèle à une fréquence, on glane dans les replays. On fait son marché ! Fini le temps où on attendait son émission favorite à capter sur le vif dans un fil continu d’infos, de musique et de conseils pour la cuisine. On attendait fiévreusement ce moment fugace et éphémère. On ne voulait pas le rater. Personnellement, il m’arrivait de sacrifier des moments avec des amis pour ne pas louper Pierre Bellemare et ses histoires entre midi et deux. Sinon cette voix fascinante disparaissait dans les limbes de l’INA, encore inaccessible au grand public à l’époque, en vous laissant dans une grande frustration.
Bellemare is not dead
Plus de frustration ! Tout existe en podcast. Bellemare is not dead. C’est l’heure des podcasts et des vidéos. Même la radio en direct c’est de l’image mise en ligne immédiatement. Les interviews se font par Facetime. « Appelle-moi, on s’fait une vidéo ! » Les jeux radiophoniques se font via Facebook. Les candidats doivent répondre au moyen de ce réseau social. On n’appelle plus Germaine ou Louis le matin pour connaître la météo dans leur village ou dans leur quartier. Germaine et Louis doivent poster leur météo du jour sur Facebook. La radio ne court plus après les auditeurs en direct, la radio veut des followers : ils veulent mesurer leur audience au jour le jour comme les influenceuses. Et on entend les hourras des fossoyeurs de ce média qui était celui de l’immédiat : « On a encore plus de clics ! »
J’ai dit à Mamema : « Dans mes 25 premières années de radio, je faisais de la bretelle. Avec mon Nagra j’allais à la rencontre des gens chez eux. Ils venaient aussi, à la radio pour parler en direct, pour chercher leurs cadeaux ! » Mamema a dit : « Frejer ! Frejer isch nit alles rosig gewann am radio ! Pfff… » (Autrefois, tout n’était pas rose non plus à la radio…)
Sacrée Mamema… Elle s’était souhaité elle-même son anniversaire par la voix des ondes pour pouvoir entendre sa chanson préférée et on ne lui avait pas passé ce schlager de l’abbé Wothke – le Robin Leon de son époque – qu’elle avait choisi !
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