On y est ! Les esprits sont chauds ! Il faut aller à la Foire européenne. Première étape : trouver un billet gratuit ! La chasse est ouverte pour glaner, sans bourse délier, un billet à cinq euros valable pendant dix jours. On a la même fièvre que pour trouver un billet pour assister à un match du Racing ou à un concert de Céline Dion. Le billet gratuit devient le graal. On quémande chez son cousin viticulteur, auprès de sa station de radio, on serait même prêt à acheter des pompes à 320 euros si le chausseur rajoute deux entrées pour la Foire dans la boîte.
« D’usstellung derf mer nit verfahle », disait Mamema (« il ne faut pas manquer d’y aller »). C’était comme un pèlerinage à la recherche de ces choses magiques que pouvaient représenter, à des époques diverses, un aspirateur avale-poussière, un robot qui cuisine à votre place ou un jeu vidéo qui montre un grand singe en action pour libérer une jeune fille. Aujourd’hui, on est loin de ce romantisme benet dans ces jeux vidéo où on fait la guerre avec une cruauté qui fait peur à Poutine.
« Mr welle löje fer e clim » (« On veut se renseigner pour une clim’ ») : c’est le programme annoncé par mes voisins mais, comme toujours, le chaland en goguette va rentrer avec le meilleur éplucheur du monde, l’excellentissime spray pour nettoyer les tapis et le produit ultra-relaxant pour les bains de pieds, celui qui transforme votre petite cuvette en spa. « S’isch eso », dit Mamema, comme si la Foire européenne était inscrite chaque année de façon aussi incontournable que le contrôle mammaire.Eugène y allait pour une journée de massage ! Il allait de fauteuil massant en fauteuil massant, nous laissant errer maman, ma sœur et moi dans l’allée des gadgets ménagers. Nous avons acheté cet éplucheur de patates en forme de rasoir qui permettait de transformer les radis en fleurs. Mais pas les fleurs en radis. J’ai toujours ce modèle et j’ai un fauteuil massant ! Sacré Eugène, je suis victime des chromosomes paternels.
J’ai aussi eu ma période caravane. Tous les cinq Dreikaus nous y sommes entrés, nous avons rêvé de cette mini-maison où nous pourrions vivre collés et voir de beaux paysages par les hublots. Un conseil : ne succombez pas à la tentation. C’est un cauchemar ! C’est que trois enfants ça remue, surtout la nuit ! Dans la journée ils sont dehors. Mais la nuit ! À chacun de leurs mouvements, la caravane s’ébranlait avec autant de zèle que pour un séisme. Je m’en suis séparée. De la caravane, pas des enfants.
Pourquoi ne pas aller à la Foire comme à un spectacle ? J’adore regarder les one-man-shows des bonimenteurs. Mamema dit : « Dee hann e Gosch dee daade im papscht e Doppelbett verkaufe » (« ils seraient capables de vendre des lits jumeaux au pape »). Ce sont les magiciens de la Foire. Ils vont encore transformer la minimaliste que je suis en amasseuse qui va acheter son 12° éplucheur : celui qui permet de transformer des navets ronds en dahlias.