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Depuis peu, j’ai un regard ascensionnel. Je regarde vers le haut. Pas loin. Je ne suis ni astronome ni assez férue de voyages interplanétaires pour essayer de voir Pesquet tourner autour de la Terre. Pesquet ? Celui qui va à 400 km dans l’espace pour voir la tour Eiffel. Mamema dit : « Lach nit ! (Ne rigole pas !) Nous, on va bien au Mont Sainte-Odile pour voir les Alpes ». Bref, je regarde vers le haut et je regarde l’épée de Damoclès qui se balance au-dessus de mon futur crâne. Diss Schwert bambelt. Confucius dit : « L’intensité du balancement de cette épée est l’échelle de Richter du danger de mort qui nous menace. »
Ceux qui n’iront plus à la Coopé
Le syllogisme dit que Socrate est mortel et que le chat est mortel et cet axiome nous suffit. On est navré pour Socrate, on est défait moralement en ce qui concerne le chat en pensant au sien, mais grosso modo, on se dit : « C’est la vie ». Personne ne songe vraiment que la mort fait partie intégrante de la vie. On lit les avis mortuaires dans le journal avec optimisme, car l’âge de ceux qui - comme dit Mamema – n’iront plus à la Coopé est plus proche de celui de Mathusalem que de celui d’Abel tombé sous les coups de son frère.
Je regarde au-dessus de moi et je la vois, cette épée de Damoclès. Et pourquoi ? Parce qu’il y a de plus en plus de voix qui s’élèvent pour me signaler qu’elle est présente et qu’elle « bambel » (pendouille). Quand je dis qu’il y a plusieurs voix qui m’ont avertie du danger imminent qui me guette, je ferais mieux de parler d’une chorale. Le docteur avant l’opération : « Une hémorragie peut être fatale ». La copine délicate : « J’ai vu trois personnes de ton âge dans les annonces mortuaires ». L’assureur : « Vous avez une convention obsèques ? » Le voisin amoureux des chats : « Je prendrai soin de Shah et de Pacha quand vous ne serez plus là ». Le banquier : « Je peux vous donner d’excellents conseils pour gérer votre succession ». J’ai même ouï une voix teintée par mon ADN me dire : « Tu donneras la maison à qui ? Faut y réfléchir ! »
J’ai à nouveau 20 ans
Il m’arrive alors parfois de fermer les yeux, comme si l’inéluctable était là. Même pas peur. Je prie. Je prie. Je prie souvent et beaucoup. J’écoute le psaume 91 sur Youtube. Puis, j’entends « bim » sur mon téléphone… C’est un SMS : « Je t’aime ». Et j’ai à nouveau 20 ans. Je connais ma fin du chemin, mais alors, après avoir lu ce message, je chante sur un air de Brassens : « J’ai encore 20 ans, mon vieux Corneille, et je t’emm… en attendant ! »
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