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C’est le début de la quinzaine de la table. On se met à table, on quitte la table on retourne à table. La table devient à géométrie variable. On pose une plaque ronde en contreplaqué de 19 sur une table carrée pour avoir cette table ronde propre aux restaurants étoilés « soooo chic ». Bizarrement, on peut mettre au moins huit personnes autour d’une table ronde. On met les rallonges dans des tables magiques qui passent en un clin d’œil d’une longueur de 1,50 m à une table de plus de 3 m. On ressort les nappes adéquates garnies de sapins, d’étoiles et autres boules de Noël. Les bougies, les petites branches de sapin et autres colifichets idoines sont fin prêts pour la décoration ultime de ces symboles forts de la convivialité. Mamema dit : « E scheener tisch macht glickli ; e fescht isch e fescht » (une belle table rend heureux ; une fête est une fête).
Napoléon n’avait pas autant de problèmes de stratégie à résoudre
Et pour le plan de table ? Vous faites comment ? Difficile. Tante Eulalie clame : « nit nawe d’Charlotte » (Tante Eulalie ne veut pas être assise à côté de Charlotte). Roland aimerait être en face de sa belle-sœur Isabelle, histoire de lui faire du pied sous la table comme tous les ans. Il y a de l’érotisme sous le plat avec le rôti d’oie. Mamema veut être loin de son frère qui pue la soupe aux choux. Napoléon n’avait pas autant de problèmes de stratégie à résoudre pour mener ses batailles. Bien sûr, il existe des règles strictes pour un plan de table comme il existe des règles pour jouer à la bataille. Hélas, je n’ai trouvé que les lois promulguées par Nadine de Rothschild. Elle préconise de placer en priorité le général invité et l’évêque, puis les autres. Hopla ! Je n’ai pas ça dans mes amis. Le problème du placement reste crucial. Je me permets de vous mettre en garde. Le plan de table est vital pour la survie du couple qui reçoit. Mes parents avaient invité leurs parents et frères et sœurs en totalité. Facile pour eux : on avait une salle de bal. Ce fut le drame ! La famille de mon père estimait avoir été reléguée « au fin fond ». Horrible ! La guerre des Horaces et des Curiaces. La haine comme entre les Capulet et les Montaigu ! Essayez plutôt la tombola. On numérote les places, on met les numéros dans un chapeau et hop !
Et hop ! Tout le monde est en place. Et là, on met littéralement tout « sur la table ». C’est le cas de le dire : les rancœurs sont « uffgetischt » en même temps que les mignardises au foie gras et les cassolettes d’escargots.
Bref, en symbiose avec les bouchées apéritives, on crache sa bile et on bave ! Tout y passe. Les griefs en matière d’héritages passés ou à venir. Les critiques acerbes en matière de mode de vie : « Ehr pratzer mit eurem pratz auto » (bande de frimeurs avec votre voiture de frimeurs), ou « Si on ne sait pas chanter, on ne braille pas dans la chorale paroissiale. Même le bon Dieu se bouche les oreilles ».
L’amour en douce
Bon appétit ! Il n’y aura pas que l’omicron qui perturbera les repas de famille. La haine va gagner comme toujours.
Et l’amour dans tout ça ? Il peut venir en douce. Au fil des années de disputes. Pas plus tard qu’hier, Roland a envoyé un SMS à sa belle-sœur Isabelle : « Je t’aime » et elle a répondu : « Moi aussi ».
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