| Il était tout seul dans son coin : Un p' tit carré de cinéma ; Traînait ses hivers pas plus loin Et souvent, il s'endormait là. Sur ce tapis de dalles froides Où tous les chiens venaient flairer Ça sentait l'urine gelée Les poches vides, l'âme roide, La cour des miracles d'ici... En fallut un pour qu'aujourd'hui Dans un lit, il passe ses nuits. " Qu'est-ce que tu fais-là ? J' lui ai dit ; T'es un mec bien, gentil com' tout, T'as du bon sens, t'es bien poli Loin d'être idiot et par - d' sus tout T'as de l'humour, ce qui est rare ! J' lui tends 10 francs : " C'est tout c' que j'ai, Mais tu dois filer dare-dare Si tu veux pas qu' les flics t'emballent, Dans cet état, tu vaux que dalle Mon pauvre t'es si défoncé ! Je n' sais pas c' que tu as pu prendre Mais faut pas de temps à comprendre Que ton cocktail est bien dosé. " Il m'a dit : " Et si on s' mariait ? " " Ça n' m'étonn' pas, qu' j'ai répondu, Des gars com' Toi ont l'âme tendre C'est pas parc' qu'ils sont dans la rue Qu'ils ne sont pas des cœurs à prendre ! Mais pardon de te décevoir, Bien que ta demande me touche, J'veux pas te donner d' faux espoirs Va surtout pas prendre la mouche, Seul'ment y a quelqu'un dans ma vie Et qui lui, ne partage pas ; Tout comme toi il est gentil.... C'est impossible... Oublie ça. " Et aussitôt j'ai renchéri : - De ton chien, t'en fais quoi aussi Quand tu décroches du réel, Tu penses qu'il est éternel ? Il devient quoi si t'es parti ? - Mon chien... il est toute ma vie... - C'est pour lui que tu meurs alors ? - Vrai, ça se voit autant que ça Que je suis défoncé à mort ? - Puisque j' te l' dis, tu n' me crois pas ? - Si... T'as raison, faut que j' m'en sorte. Il était collé à la porte De ce cinéma de quartier Le nez au sol, genoux pliés... Sur ce tapis de dalles froides Où tous les chiens venaient flairer Ça sentait l'urine gelée Les poches vides, l'âme roide, La cour des miracles d'ici... En fallut un pour qu'aujourd'hui Dans un lit, il passe ses nuits. N'a jamais quitté le quartier Ni la grand porte, ni le ciné. Mais tout près de ce coin carré, Y a un nouveau projectionniste Qui se plait à faire '' un métier '' En maître d'œuvre, en artiste. Il a rajeuni de dix ans. Son chien est toujours bien fringuant, La tête haute, l'œil brillant. On parle de lui dans la ville, Beaucoup d'entre nous sont contents Et si Momo est au courant Que son histoire se distille, Lorsque l'on se croise à présent, On n'en cause pas pour autant. |