| Une léproserie : des hommes qui ne font rien, auxquels on ne fait rien et qui tournent en rond dans leur cour, dans leur cage.
Des hommes seuls, abandonnés, pour qui tout est silence et nuit.
Dans cette léproserie, un seul a gardé les yeux clairs. Il sait sourire, il sait dire merci. Un seul est demeuré un homme. La missionnaire voulut connaître la cause de ce miracle qui le retenait à la vie. Elle le surveilla.
Et elle vit que chaque jour, pardessus le mur si haut, si dur, un visage apparaissait. Un petit bout de visage de femme, gros comme le poing, et qui souriait. Un bout de visage L'homme était là, attendant de recevoir ce sourire, le pain de sa force et de son espoir. Il souriait à son tour et le visage disparaissait.
Alors, il recommençait son attente jusqu'au lendemain.
- Qui est cette femme ? demanda la missionnaire.
- C'est ma femme, dit-il simplement.
Avant que je vienne ici, elle m'a soigné en cachette avec tout ce qu'elle a pu trouver.
Elle m'enduisait chaque jour la figure avec une pommade pour cacher la lèpre.
Cela n'a servi à rien. Alors on m'a ramassé pour m'amener à la léproserie. Mais elle m'a suivi. Et lorsque chaque jour je la vois, je sais que par elle, je suis vivant. Avec une histoire vraie racontée par Raoul Follereau ( 1903 -1977), le défenseur des lépreux | |