Bonne année.
Et, surtout, bons soldes.
Puisque voilà bien l'important : faire des affaires.
A se demander s'il existe encore un baromètre à notre bonheur,
excepté le tiroir caisse des boutiques.
La période est profitable à l'acheteur compulsif, comme au batailleur de supermarché.
En quelle autre temps peut-on s'étriper pour un cache-nez, se filer des mandales autour d'un rayon de chemises à manches courtes, s'écrabouiller les orteils sur le chemin d'une nuisette à prix raccourci ? Cela, en toute impunité.
Le prix massacré relègue les codes de politesse à la préhistoire de la relation humaine.
L'étiquette barrée absout de manquements aux bons usages ;
la gondole en voie de pillage vaut viatique aux coups bas.
Sur le front du prix démoli, il n'est plus ni pardon ni excuses qui vaillent.
Des soldes de grand prix
Hors le butin, manteau passé de mode ou chaussures dépareillées,
rien ne vaut.
La carte bleue seule semble habilitée à donner son avis,
au moment fatidique du paiement.
Et dire que certains, des inconscients sans doute,
imaginent de supprimer les soldes, pour les remplacer par des promotions
à l'année.
Ont-ils imaginé le contrecoup pour notre chère sécurité sociale ?
Toute cette agressivité définitivement rentrée n'irait-elle pas alimenter une autre consommation,
pas vraiment meilleure : celle des neuroleptiques ?
Couper court à l'exutoire des soldes,
n'est-ce pas aussi prohiber le sport favori des dopés
du pouvoir d'achat ?
Courir à petite foulée la promotion hebdomadaire n'a rien de commun
avec le grand raid aventurier démarré mercredi dernier,
seul capable d'entretenir la condition physique des
acheteurs.
Sans compter qu'au plan politique, les soldes
participent à l'édification des foules :
le défi n'est-il pas devenu de travailler à acheter
plus en dépensant moins ?
Tout un programme, qui vaut les meilleurs voeux du monde.
Donc, pour quelques semaines encore, bonne année financière.
Et bonne santé commerciale.
Didier Rose DNA