Les voeux sont à l'exact inverse des brosses à dents : ils ne valent que par leur échange.
Dans la veine du bon sentiment à date fixe,
on en voit de tous commerces.
Les dispositions de l'esprit se dévoilent dès la poignée de main.
Il y a des gens qui vous servent leur paluche comme d'autres vous tendraient une serpillière.
Il faut passer par en-dessous pour avoir une chance de s'approprier l'un ou l'autre doigt, s'agripper à la paume que l'on consent à vous abandonner et essorer le tout dans
une tentative pathétique de garder contenance.
D'autres vous broient les phalanges comme s'il s'agissait de faire rendre l'âme à un volatile nuisible, glissant d'un sourire « Bonne santé ! », et se doutant bien que, de la main valide, on ne songe plus qu'à appeler le Samu pour un polytraumatisme aggravé du métacarpe.
Un joli tsunami de voeux
Il y a ceux qui vous tombent
théâtralement dans les bras,
larguent un tsunami de bises baveuses
et vous souhaitent le meilleur de monde,
sans même se douter que vous en êtes encore à rechercher leur bon sang de bonsoir de prénom.
Il y a aussi, quoi que de plus en plus rarement,
les révérencieux, qui plient l'échine tout en égrenant une incroyable liste de civilités
à l'égard de vous-même,
de votre famille,
de vos amis,
de vos voisins
et de quiconque
sera amené à respirer l'air de votre bureau,
tournant des talons avant même
que vous ayez pu bafouiller la moindre banalité.
Il y a les utilitaires :
« Bonne année,
et alors, notre rendez-vous, c'est pour quand ? »
Les persifleurs :
« Meilleure année que celle
ue vous venez de passer, hein ! »
Les pressés :
« Au revoir et bonne année ».
Les compatissants :
« Moi, ce que je vous souhaite, vraiment, mais vraiment, vraiment, vraiment,
c'est que tout aille bien, toujours ».
Les intéressés :
« Si par miracle vous venait la chance,
vous avez mon numéro, 's pas ? ».
Il y a enfin ceux qui ont pris,
pour bonne résolution, de faire voeu de bienveillance mutique.
A ceux-là aussi, bonne année.
Didier Rose ..
"Je pense donc je lis les Dernières Nouvelles d'Alsace !"