Non, tous les hommes ne sont pas égaux, surtout devant un emballage.
Le génie industriel a fait de nous de pauvres choses face à l'intolérable cruauté du bidule qu'on n'arrive pas, qu'on n'arrivera jamais à ouvrir sans, soit piquer une crise de nerfs, soit se dézinguer un ongle. Au mieux.
Cas typique : le rayon primeurs du supermarché.
Se servir en clémentines d'accord, mais au préalable se saisir du truc transparent enroulé en bobine qui fera office de réceptacle.
A se demander si les fabricants de sachets ont déjà essayé d'utiliser leur production : neuf fois sur dix, il est rigoureusement impossible de séparer les anses d'une poche en nylon.
On voit des clients repliés sur eux-mêmes, langue pincée entre les dents, jouer du pouce et de l'index, interminablement, dans un drôle de geste évoquant le lucre... mais sans intérêts en retour.
D'autres soufflent la bouche en coeur, avec l'espoir que le sac s'ouvre sous l'effet d'un filet d'air. Peine perdue. Ou alors, ils y parviennent pour s'apercevoir que leur cornet, enfin ouvert, est déchiré dans le fond. C'est fou, ce que l'on peut entendre comme jurons, dans les magasins.
Emballé, c'est pas pesé
La question est posée : quel genre de pattes de mouche faut-il avoir de nos jours pour parvenir à séparer les follicules d'un sachet de tisane ?
Quel monstre d'intelligence a conçu ces « sachets fraîcheur » de légumes qu'on n'arrive pas à éventrer même en s'y mettant à quatre ?
Combien d'ingénieurs ont donc travaillé sur le bouchon d'un flacon de white-spirit, inviolable jusqu'à effraction à coups de talon ?
Quelqu'un sur cette Terre est-il déjà parvenu à desceller le cellophane autour d'un CD sans démolir la boîte ?
Se joue peut-être une nouvelle théorie de l'évolution des espèces : seuls survivent dans cette société de consommation ces êtres supérieurs qui savent y faire avec les emballages.
Un genre d'instinct de survie. Ou plutôt un talent, fondé à trouver en gloire et notoriété sa juste récompense, dans ce siècle qui ne semble plus guère s'enthousiasmer que pour les déballages les plus retentissants.
Didier Rose