La carte ou la vie.
Comme si, sans ces fichus rectangles de plastique rigide, on n'existait plus.
Z'avez la carte ?
Tapis rouge !
Z'avez pas la carte ?
Méfiance.
Il n'est que de voir la mine des clients, en caisse, quand on leur demande s'ils sont titulaires du sésame propre à la boutique.
Ceux qui ne l'ont pas s'excusent, bafouillent, plongent du regard : manquerait plus qu'ils paient en liquide, ces réfractaires à la comptabilité électronique.
Gavés de cartes. Pas celles du Club vosgien, dont on chérit sur les sentes le précieux 1/25 000e. Ni celles des restaurants, pas moins éreintantes à pratiquer parfois. Encore moins de la carte d'identité, dernier bastion avant la reconduite sans conditions à la frontière.
Hors jeu, ces cartes-là.
Plastique de la carte
Les cartes qui font un carton ne sont plus de papier : elle sont synthétiques.
Pour leur quarantième anniversaire, elles brillent de tout leur magnétisme. 86 mm de longueur, 54 de hauteur. Surface considérable, puisqu'elle couvre toute la planète.
La carte de paiement seule paraît donner crédit au porteur. Au point que tout concourt à faire de chacun un multicartes. Magasins, mutuelles, Sécu, parkings, bibliothèques, tous ont leur truc de plastoc.
La carte devait renvoyer les porte-monnaie aux temps préhistoriques de la grenaille de nickel. Sauf que désormais, le cuir des portefeuilles est tendu de puces de paiement, dont certaines ne s'aéreront jamais.
Un nouveau cauchemar, autrement inquiétant : on devient quoi, en cas de perte de tout notre tremblement numérique ? A défaut de pouvoir abattre ses cartes, il faudra se préparer à devoir en rabattre.
Tous encartés, donc. Sur le plan financier, s'entend, celui de la monnaie de plastique. Pour la politique spectacle, patience. Deux semaines encore à attendre avant d'en passer par le compte pertes et profits d'un tout autre type de carte. Celle d'électeur.
Didier Rose
Je pense donc je lis les DNA