Ce n'est pas de fifres du carnaval, qu'il s'agit ici.
Ni même des violons de la Saint-Valentin.
Encore moins des trompettes électorales, un peu molles du piston par les scrutins à venir.

Du raffut, pas besoin de mobile pour en commettre.
Il est partout.
Quel bel ami, hors le décibel ?
En une heure de supermarché, trois boutiques, on a son comptant d'appels aux promos lessivielles et de Top 50.
Si encore la bande passante de nos quotidiens s'arrêtait là ! Prendre l'ascenseur conduit d'un ding-dong d'étage l'autre, et entre deux pauses, expose à des sérénades burlesques pour bureaux, des sanglots en clé de sol pour parking de sous-sol.
S'embarquer en tram, c'est prendre un ticket pour une opérette en cacophonie majeure. Annonces chuintantes de station, pour la voix ; grelots téléphoniques, pour la musique. En ritournelle, ce monument de sociabilité : « Etouatéhoù ? »
Si seul le silence...
Le train, pas mieux.
Qui n'a jamais voyagé à côté d'un fan de hard-metal, infatigable agité de l'oreillette ?
On en prend pour des heures de grésillements MP3, et envies de meurtre subséquentes ; de grâce, un TTTGV, train à très-très grande vitesse, cinq minutes maxi entre Strasbourg et Paris.
Une salle d'embarquement ? Guère plus planante : des annonces sur un ton de scie égoïne balancées en rafales, bagages oubliés, passagers en perdition ou vols en retard - quelqu'un a-t-il déjà pu y lire ses dix lignes d'horoscope d'un trait ?
Subir, à défaut de pouvoir s'entendre. Les infos dans certains taxis ; la bande FM dans des bistrots ; même la télé dans les salles d'attente.
Si le silence est d'or,
c'est d'être en voie de disparition.
A croire que seule l'absence de bruit nuit, de nos jours.
Vrillante propension que celle de vouloir, à toute force, pour tout le monde, en toute circonstance, produire du son.
Surtout dans un environnement où l'on n'écoute plus que soi-même.
Didier Rose
"Je pense donc je lis les Dernières Nouvelles d'Alsace !"