| D'accord, d'accord, on a suffisamment écrit, et glosé, sur les courriers baladeurs pour en rajouter une couche. Qu'après tout une carte postale aille voir un peu de pays avant de revenir dans le droit chemin, n'est-ce pas juste retour de correspondance ? Et puis, si toute trajectoire dûment timbrée, d'un point A à un point B, devait être la ligne droite, comme ce monde paraîtrait définitivement rectiligne, atone, sans relief. Où iraient se nicher le soupçon d'inattendu, la pincée d'impondérable pour nous rappeler que, le jour où les machines commanderont, ça va plus beaucoup rigoler dans les chaumières ? Rendons grâce aux services postaux, plutôt que de vouloir les accabler, de ces écarts de conduite réintroduisant par petites touches un peu de poésie épistolaire - si du moins le courrier en question n'est pas une injonction à se présenter sous 48 heures en gendarmerie. Carte voyageuse Avec une carte postale envoyée le 11 août dernier du Var, rien de tel. « Un petit coucou » qui n'a pas mis moins de six semaines pour arriver dans la boîte aux lettres de son destinataire... à Kirrwiller (Bas-Rhin). En l'occurrence, l'incroyable tient moins à la durée du voyage accompli par la carte, qu'à son itinéraire. Par excès de bonne volonté sans doute, l'envoyeur avait cru bon de préciser le département d'arrivée. Qu'à cela ne tienne. Vous aviez demandé le BAS-RHIN ? Direction donc : BAHRAIN ! Riche idée qui a permis à une aimable photo des Issambres d'atterrir dans le Golfe Persique, où l'on a sans doute appris avec soulagement, sous des températures pouvant dépasser 45°, que « dans le Var il fait super beau ». Peut-être s'y est-on aussi gratté le keffieh à propos d'un énigmatique « bisou spécial à André ». Ce qui n'a tout de même pas empêché de renvoyer le document en France. Sans doute l'affaire avait-elle été jugée d'importance par les services spécialisés de cet Etat, plus remarquable par sa production de pétrole que par sa superficie. Dans le coin supérieur gauche de la carte, il était précisé « Lettre prioritaire ». Didier Rose Je pense donc je lis les DNA |