| C'est fou, à mesure qu'elles s'achètent une conscience verte, comme les bagnoles blanchissent. Pas une simple pâleur, ou juste une éclaircie de surface. La belle voiture neuve, de nos jours, sort de l'usine blanche comme neige ; c'est l'immaculée conception du luxe automobile moderne. A ne plus rien y comprendre. Rappelez-vous : il n'y a pas si longtemps, la caisse tapageuse ne faisait briller les mirettes qu'à condition d'être couleur nuit, noire comme charbon, sombre comme les exhalaisons de ses (multiples) échappements. Assez bien vu. La concordance des tons était réussie entre carrosserie et moteur. L'intérêt écologique de mécaniques réputées polluantes se lisait dès le parking, avant même d'avoir mis le contact. Comme si le drapeau noir flottait sur les flottes de berlines et 4x4 portant cuir et chromes. Impressionnantes, ces ombres fuligineuses glissant sur le bitume urbain à la tombée du jour, dans les vapeurs de gazole brûlé... Noir et blanc Le grand soir, justement, semble arrivé, question catalogue de tôles à quatre roues. Le vert est à la mode, dans les esprits. Ce qui, dans les faits, se traduit donc par une spectaculaire percée lactescente dans les nuanciers des concessionnaires. A croire que plus c'est cher, plus c'est blanc. Comment ça, pas propre ma voiture ? Ferait beau voir. Un simple regard sur ses reflets crème suffit à dissuader toute culpabilisation déplacée. Les gros braquets mécaniques carburent visiblement plus blême. Ce qui fera bien plaisir aux petits. Le genre plutôt méprisé des utilitaires prend dans l'histoire un coup de neuf : le blanc est porté depuis si longtemps, du côté du vaste peuple des camionnettes et pétrolettes à usage professionnel. Heureux retournement de tendance, dès lors, qui gratifie les carrosseries des ouvriers et des artisans du ton blanc de l'opulence... Après tout, rien que de très logique. En ces temps de crise, avoir un boulot peut parfois être considéré comme un genre de luxe. Didier Rose Je pense donc je lis les DNA |