Le petit vent qui vous caresse les oreilles de bon matin n'était pas forcément annoncé par Météo France.
Echappant aux calculateurs à nuages, cette fraîche bise n'en demeure pas moins une réalité. Par l'effet de microclimats, elle en vient à provoquer des tourbillons de feuilles. C'est son bon plaisir et même sa raison d'être.
Le zéphyr du coin de la rue ne doit pas grand chose aux dépressions barométriques : tournez démarreurs et gazouillez pots d'échappement. L'automne est le temps des feuilles mortes autant que des souffleuses à deux-temps.
A croire que le balai ne serait plus réservé qu'aux manches. Dans les lotissements, les parcs, sur les boulevards et jusque dans le moindre jardinet de banlieue, vrombissent aux frimas revenus les moteurs à réaction des souffleuses.
Le son de l'automne
Manquent plus d'air, les spécialistes des espaces verts. Sitôt les végétaux dégarnis, les sèche-cheveux géants s'époumonent. Résultat : un genre d'Halloween mécanique.
Ça grogne le soir au fond des arpents, ça pétarade aux aurores sous les ramures. Le fond de l'atmosphère oscille entre l'escadrille de Spitfire en piqué et le B 52 en perdition.
Quiconque osera encore vanter les charmes de l'effeuillaison sera lui-même suspect soit d'habiter dans le désert (où le phénomène annuel est paraît-il limité), soit d'avoir laissé ses boules Quiès prendre racine (ce qui n'est pas forcément préférable sur le plan anatomique).
A chaque instant de l'année alors, ses charmes empoisonnés : tondeuses au printemps, Harley-Davidson en été, souffleuses à l'automne et balayeuses en hiver...
Si Vivaldi avait vécu à notre époque, sûr que ses Quatre saisons péteraient autrement. Partition pour carbus encrassés, tempo pour soupapes grillées. Le tout en dégazage majeur.
Ce genre de musique a le mérite d'évoquer l'attachement de l'espèce humaine à son environnement. Après tout, si les souffleuses sont de sortie, on peut y entendre une sorte d'appel de la nature.
Didier Rose
Je pense donc je lis les DNA