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22 juin 2017 4 22 /06 /juin /2017 11:01
Le facteur s’appelle Lulu.

Je suis la fille du facteur, comme dans la chanson de Montand.  C’était écrit.

Pourtant, dans un premier temps, il semblait écrit que je devais naître à Honolulu, comme fille d’un citoyen américain et de maman. Mais les voies de la Providence sont impénétrables. Maman a épousé celui qui lui apportait chaque jour les lettres postées aux États-Unis !

L’homme des postes a toujours été important. On l’attendait pour ses mandats. Ou pour un magazine. Ou pour tuer un lapin, ouvrir une boîte de conserve récalcitrante, changer une ampoule, goûter la Quetsch fraîchement sortie de l’alambic. Et voilà que sa compassion spontanée devient cahier de charges.

Le facteur démuni de lettres pour cause d’usage intensif de SMS et de courriels a une fonction nouvelle : « aide à la personne chez les anciens ». Le facteur ou la factrice. L’employé au képi (devenu l’employé au casque tant il se déplace sur sa poste-mob) est prié de voir Marie-Jeanne ou Ernest pour vérifier si les volets sont ouverts, si une voix répond à son coup de sonnette et si une main se met dans la sienne pour le « bonjour du jour ».

Suivra un entretien sur le thème de la santé où on énumérera les viscères comme dans la chanson « et l’colon, et les reins, et le foie, et la tête, alouette, alouette ». La séance se terminera par une évocation de souvenirs, un égrènement de griefs contre l’arthrose, le chien du voisin et le vent de la veille.

Et puis ? Et puis le facteur (ou la factrice) enverra un SMS à Bertrand, fils de Marie-Jeanne : « Elle va bien, vous pouvez continuer votre voyage autour de monde » ou à Ludivine, fille d’Ernest : « Il est égal à lui-même. Il vous a fait des confitures, je les ai mises au courrier par colis. Je sais que vous n’avez pas le temps de vous déplacer ».

Papi et Mamema sont de bons créneaux !

C’est fou ce que les vieux sont l’objet de sollicitudes ! Les bacheliers en parlent même devant leur lycée : « Je pourrai toujours m’occuper de personnes âgées, c’est un bon créneau ». Et voilà Papi et Mamema devenus des « créneaux » !

Maxime a investi dans un minibus pour emmener « des aînés » au mont Sainte-Odile, aux cochonnailles, au Kaffee-Kuchen en Forêt-Noire, au concert des Kastelruther Spatzen ou chez l’acupuncteur. Célia a une micro-entreprise et fait « coiffure à domicile pour séniors » avec la certitude de vendre un max de shampoings colorants et de toupets. Harald est arroseur ! Les Heinzelmännchen ne sont pas morts. On pourrait même dire « Les Heinzelmännchen » s’appellent Lulu. Le facteur aussi.

Quoi ? Vous ne connaissez pas les Lulus ? Les Lulus sont des fournisseurs d’aide à la personne, ils proposent leurs services dans les kiosques « Lulu dans ma rue ». Tu as un problème, tu vas chez un Lulu qui te débarrasse de ce souci, c’est magique.

Les Lulus repassent pour vous, promènent votre chien, font une marche nordique avec vous, cueillent vos haricots pour soulager votre dos, bref il y a quelqu’un qui est prêt à vivre les parts noires de votre vie.

À quand les Lulus qui auront mal aux dents à votre place, qui iront se faire enlever l’appendice ou les calculs biliaires à votre place ? Quel est ce monde où il faut vivre la vie des autres pour exister ?

Mamema est heureuse avec ses Lulus. Elle se sent DRH d’une multinationale : « Aujourd’hui, je vais faire le salaire de Louise, de Riton, de Sonia et de Hubert ».

Hubert, c’est mon taxi. Le taxi Hubert.

 

La chasse aux maris est ouverte.

Huguette Dreikaus ?  non ....ce n'est pas moi....
mais toutes les deux... alsaciennes  ...

Le facteur s’appelle Lulu.
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5 juin 2017 1 05 /06 /juin /2017 12:01
L’été des jambes.


Toute l’année les jambes sont coincées sur des chaises de bureau ou condamnées à une position debout derrière des comptoirs de vente, voire devant des groupes avides de suivre des cours pour connaître les grandes dates de l’histoire de France, les posologies médicamenteuses, les rouages économiques et les recettes des desserts sans cuisson.

Toute l’année ? Non ! En été, les jambes pédalent sur des vélos, foulent les sentiers des GR, nagent dans les piscines du monde et du jardin de la maison, dansent dans les clubs, les discothèques, les campings et lors de fêtes de villages, de barbecues et de ces concerts d’été où on exhibe des gloires passées pour faire vibrer la foule avec des refrains nostalgiques.
Le slow de l’année…
L’été sera comme toujours l’été de toutes les danses. On attend le slow de l’année aussi sûrement qu’on attend le Tour de France. Le slow, ce rythme du rapprochement entre des gens qui ne se connaissent pas forcément mais qui après trois minutes de Whiter Shade of Pale échangeront leurs points sur Macron, la disparition des koalas et la présence de la tige de ciboulette sur tous les plats du resto. Après trois minutes de Imagine , Kevin va nouer une relation amoureuse avec Cindy et trois mois après, son village perdu dans les Vosges échappera à la consanguinité grâce à son mariage avec cette fille venue de la Corrèze. Après trois minutes de Le plus beau de tous les tangos du monde avec Jules Berger, médecin veuf de Bergerac, mamie Doris pourra habiter avec ce Jules car à cet âge-là, on n’a pas le temps de réfléchir. Le petit-fils pourra occuper l’appartement de mamie Doris – gratuitement - et l’état économisera les allocations-logement.

Le slow peut changer la face du monde comme il a changé le profil de Lili. L’abus de slow a, en effet, arrondi le ventre de Lili. Le slow, c’est patin couffin. On te roule un patin et t’as un mouflet dans le couffin.

En piste ! D’abord pour ce slow où les mains peuvent se balader sans risquer les tribunaux, les hauts cris des féministes et sans avoir à répondre aux invectives du papa de la fille et cette question classique : « Alors, ma fille, vous l’épouserez quand ? » En piste aussi pour la fameuse danse aux rythmes endiablés, style latino, dans la lignée des Macarenas, des Lambadas et autres salsas. Pratiquons ces danses qui tiennent des danses rituelles faites pour appeler la pluie. Oui, pour faire tomber une petite ondée sur son carré de laitues ou sur ses pieds de cornichons, il faut « schluudere » le bassin.
Que du bon pour la santé
Votre coach sportif vous parlera du gainage inhérent à la danse rapide, des calories à brûler et du « cardio » qui maintiendra votre palpitant au top. Bref que du bon pour la santé si vous n’abusez pas de mojitos et de cacahuètes grillées.

À vos cavaliers, à vos cavalières ! Attention cependant aux phéromones ! Ils sont exacerbés en été. Il y a des fois le tango, ce n’est pas un pas en avant, deux pas en arrière, c’est cinquante pas en arrière !

Mon plus beau souvenir à moi ? J’ai dansé ce slow mythique du film Titanic sur un bateau de croisière mais tout le monde est rentré sain et sauf !

 

 

La chasse aux maris est ouverte.

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L’été des jambes.
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27 mai 2017 6 27 /05 /mai /2017 11:32

 

Descends un court instant du ciel et serre-moi dans tes bras !

Bonne fête, maman !!!

 

« Tu es la maman la plus belle du monde ». OK, mais c’est une chanson que chantent les petits, ceux qui n’ont pas encore feuilleté de magazines pour comparer. Pour les autres c’est : « Oh maman, tu devrais arrêter de garder les cheveux longs, ce n’est plus de ton âge ! ». « Oh maman, tu ne devrais pas porter de jupes, tes jambes ne sont pas montrables ! »

Il paraîtrait même qu’il y a des rejetons outrecuidants qui offrent des bons bizarres à leur maman : « Bon pour une épilation de la moustache », « Bon pour dix séances d’amincissement », « Bon pour une réduction mammaire ». L’amour, surtout l’amour filial, n’est plus aveugle. Il a même chaussé des lunettes à verres grossissants.

Vous allez me dire c’est mieux que de se voir offrir des barbecues, planchas, pierrades, services à fondue ou autre crêpières, ces achats groupés qui poseront chaque semaine à votre table la totalité de vos descendants avides d’ingurgiter des viandes et des poissons grillés que vous serez sommées d’accompagner d’une dizaine de crudités maison et de sauces à réaliser dans cette cook-machine que la famille au complet vous a offerte pour vos 40 ou vos 50 ans.

«À quelle sauce vais-je être mangée ?»

Il y a des cadeaux comme des bracelets électroniques : à cause d’eux, non seulement on ne vous lâche plus mais vous avez toutes les corvées pénitentiaires à effectuer selon un cahier de charges hyper-bien rempli. Il y aurait de la sueur d’angoisse sur le front des mamans dans la perspective de la journée de demain, voilà une chose qui ne m’étonnerait guère. De la sueur et cette question : « A quelle sauce vais-je être mangée ? »

C’est étrange, ces angoisses liées à des jours qui devraient être des jours de fête et de bonheur total.

Les gazettes ne manqueront pas de nous rappeler la tristesse de toutes ces mamans qui font de l’origami et de la gymnastique douce dans des maisons de retraite pour mieux pallier le manque. Confucius dit : « Le ciel leur assèche les muqueuses, mais il leur assèche aussi le canal lacrymal pour leur éviter de se déshydrater à force de larmes ». Pour la fête des mères, les « gosses » devenus adultes seront là. On déversera sur les genoux des aïeules des trucs nés d’un inventaire à la Prévert : des fleurs, des chocolats, des collants en laine, des pantoufles anti-dérapantes, des lingettes fraîcheur et des notices notariales : « Les avantages de la donation faite du vivant du donateur ».

Le jour des gouttes biologiques salées

Demain, c’est la fête des mères. Jour des gouttes biologiques salées. Jour de sueur. Exsudation de la peur des mères d’être le sujet de vénérations dictées par le seul calendrier. Jour de larmes. Ces larmes qui coulent quand on entend encore dans sa tête cette phrase terrible : « T’es plus ma mère ». Je fais partie de ces mères enterrées vivantes. Pourtant je tousse encore, il y a même un chien qui a enfoncé ses dents dans mon « cadavre ».

Demain, c’est la fête des mères. Je mangerai de la tête de veau. Ce sera la Madeleine de Proust qui me rappellera une autre Madeleine. Ma Maman. Il arrive un temps où l’amour n’a plus d’autre organe pour s’exprimer que l’estomac.

 

La chasse aux maris est ouverte.

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Bonne fête, maman !!!

 

 

 

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22 mai 2017 1 22 /05 /mai /2017 15:26

 

 

 

Do you mug me ?

 

« Ich hab nicht alle Tassen im Schrank, aber ich habe viele Tassen im Schrank », c’est une de ces phrases intraduisibles qui disent que j’ai une douce folie et que j’ai beaucoup de tasses dans mes armoires.

L’histoire des tasses dans la tradition de ces cadeaux qui entretiennent l’amitié ne date pas d’hier. Du temps de mes parents, on offrait aux communiants et aux confirmants des « tasses à moka » aux décors oscillant entre les personnages baroques des porcelaines de Saxe, les couleurs blanches de la porcelaine de Limoges et les lignes dorées de la porcelaine de Bohème. Ces tasses ne servaient à rien si ce n’est à garnir une étagère de ces « vitrines » familiales posées dans la salle à manger et dans lesquelles on entassait les trophées aussi étranges que les épis en cristal, les poupées folkloriques, les calculs biliaires de mémé et les queues de cheval coupées aux filles de 14 ans !

Pense-bête
Les tasses à moka qui ne contenaient jamais de café ne sont qu’un exemple de ces contenants ne contenant jamais rien qui envahissaient nos maisons.

La saga de ces tasses n’est pas terminée même si on les a baptisées « mug » pour noyer le poisson. Les mugs sont légion, ils s’offrent tous azimuts mais rarement dans le but premier de fournir aux bénéficiaires de ce don un récipient pour sa boisson chaude préférée. Au contraire, le mug doit être un pense-bête : « N’oublie pas quelle radio tu dois écouter ! », « N’oublie pas que j’étais en voyage à New York ! », « N’oublie pas de faire un don pour la SPA ! »… Et je ne vous parle pas des mugs psychologiques, ceux qui sont censés définir votre personnalité. Il y a ceux qui vous flattent : « Tu es la meilleure maman », « tu es la reine du Baeckeoffe ». Il y a ceux qui sont censés vous faire rire à vos propres dépens et portent l’illustration d’un pèse-personne dont le VU-mètre est en zone rouge, d’un alcootest dont la couleur rappelle celle des épinards, d’un quidam coiffé d’un entonnoir.
Le Mug vous dira tout haut ce que les autres pensent tout bas. Il vous donnera une forte envie de casser de la céramique, ce qui vous permettrait d’entrer dans l’histoire tout comme le vandale qui a cassé le vase de Soissons.
Alors, à la manière de Marcel Duchamp, on dévie l’objet de sa finalité première. Le mug se fait porte-stylos, garde-brosses à dents, diffuseur d’huiles essentiels, coffre-fort pour petites doses de safran en poudre, musée pour blancs d’œuf qu’on n’utilisera jamais, réserve à trombones, collecteur de pipi matinal pour le labo.

Un t-shirt, c’est mieux
Mamema dit : « Ce serait mieux s’ils avaient un couvercle ». Ce serait surtout mieux qu’on offre des T-shirts à la place des mugs. Tant pis s’ils ont les mêmes inscriptions et les mêmes illustrations. Un t-shirt, c’est mieux !
Car un mug, on ne peut pas l’utiliser comme pyjama…

 

 

La chasse aux maris est ouverte.

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Do you mug me ?
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5 mai 2017 5 05 /05 /mai /2017 16:11

 

 

 

Ne pas déranger, je suis dans l’isoloir.

 

 

Il y a peu d’endroits où nous sommes face à nous-mêmes. Hormis l’utérus, les toilettes, l’appareil de radiographie et l’isoloir du jour de vote qui sont des lieux de solitude éphémères, il n’y a guère que le cercueil qui nous isole à jamais.
Mon copain Louis-Albert a fait une thèse en sociologie sur le comportement des gens dans les transports verticaux, les ascenseurs quoi. A l’aube de ce scrutin national, il serait judicieux de se pencher sur le comportement des gens dans les lieux exigus et à vocation unique : les toilettes et l’isoloir.
Ce sont des lieux d’angoisse. La vie s’y joue. L’avenir aussi. On y vit la peur de découvrir les signes d’une maladie grave, on y vit la peur de produire quelque chose de grave pour le pays avec le bulletin que l’on pose dans l’enveloppe puis dans l’urne. Assis sur la cuvette ou debout devant la tablette de l’isoloir, on est dans des questions existentielles.
« Entre mes mains, je porte votre espoir ou votre désespoir. Je suis dans l’isoloir. »
Avez- vous seulement pensé au pouvoir que vous donne votre bulletin de vote ? Dans l’isoloir tu es César, habilité à lever ou à baisser le pouce pour décider de la vie ou de la mort d’un de ces onze gladiateurs en lutte dans l’arène.

Tu es la goutte d’eau qui peut faire déborder le vase

Dans cette alcôve improvisée, l’esprit des candidats est là pour te supplier : « Vote pour moi ! ». Et tu te rends compte que tu es la goutte d’eau qui peut faire déborder le vase…
Tu es le cil qui fait pencher la balance, qui met une Miss en surpoids et la renvoie dans ses foyers sans lui donner la chance de parader devant les vainqueurs des étapes du Tour de France.
L’isoloir te transforme, toi le naïf Clark Kent, en Superman. Tu peux brandir l’enveloppe comme un trophée. « Ma voix est là – dedans. La politique du pays est entre mes mains. Toi l’énarque bon teint, toi l’idéologue et ton baratin, tu n’es rien sans mon bulletin. »
Peter Handke a écrit Die Angst des Torwarts vor dem Elfmeter ( L’angoisse du gardien de but au moment du penalty ) pour décrire toutes les phases de la peur d’un joueur au moment de la phase décisive d’un match. Qui a déjà éprouvé cette peur étrange qui t’envahit entre le moment où tu entres dans l’isoloir et le moment où tu glisses ton zettele dans l’enveloppe ?
Ami électeur, as-tu ressenti le regard posé sur toi de ta défunte mère, ce regard critique qui te fustige pour avoir fait un choix en dehors des convictions familiales, pour avoir dérogé à la règle séculaire : « Même nom, mêmes adhésions idéologiques, même couleur politique, même religion, même recette de kaaskueche » ?

Tes motivations profondes sont-elles pures ?
Ami électeur, as-tu ressenti les secousses de ta conscience qui te pose cette question de fond : « Sais-tu vraiment quelles sont tes motivations profondes et si oui, sont-elles pures ? »
Le moment passé dans l’isoloir est court. Mais il prend aux tripes. Pour un instant « tu tiens le monde entre tes mains ». Ce n’est pas anodin.
Mamema dit « Du verzählsch quatsch ! ». Tu racontes des inepties. Mamema n’a jamais connu les affres de l’isoloir. C’est Babeba qui lui préparait l’enveloppe à la maison. Elle n’avait qu’à la mettre dans l’urne. Elle n’a jamais su pour qui elle votait.

 

La chasse aux maris est ouverte.

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Ne pas déranger, je suis dans l’isoloir.
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25 avril 2017 2 25 /04 /avril /2017 11:56

 

 

 

Portés disparus.

 

Portées disparues depuis longtemps, les salles communales avec des tiroirs de congélation privés loués aux particuliers pour y cryogéniser le demi-cochon acquis avant l’hiver ou leur surproduction de haricots. On y venait pour risquer un œil sur le contenu du tiroir du voisin. Pour lui voler une part de son intimité gastronomique: « Charles, les Hakenheim vont manger Hasepfeffer aujourd’hui ! La Marie a cherché un lapin au congélateur-hiesel. »
Portées disparues les salles de postes garnies de cellules téléphoniques où on attendait le «22 à Asnières » tout en laissant traîner les oreilles pour capter les conversations des autres cabines et aller ensuite à la Coop ébruiter les nouvelles: «Marie-Louise a appelé le médecin pour Jeanne. Elle a du mal à respirer. So, donnez-moi des Bucklings ! Il faut se faire plaisir tant qu’on est en bonne santé.»
Pour en savoir plus sur les choses les plus intimes des gens, il faut suivre les émissions de télé-réalité et de radio participative. C’est là qu’ils clament à des dizaines de milliers d’inconnus le contenu de leur plat du jour, leurs problèmes de santé, leurs déboires conjugaux et leurs histoires d’héritage. J’y ai même vu l’accouchement en direct d’une amie. Son enfant n’est pas né sous X mais sous TF1.
Ce jour de 1er avril est pour moi comme un 1er novembre. Un jour où parler des disparus. Eh oui, ils ont disparu, les cyber-cafés. Fini ! Ils n’existent plus ces lieux où on avait internet pour tous et partout. Avec les smartphones et les couvertures Wi-fi on a dans le monde entier un cyber-café dans la poche. Pour quelques pièces comprises dans un forfait planétaire et une wifi gratuite sur les terrasses à mojitos ou a latte macchiato on a toujours Wikipédia, Youtube, Google et sa radio préférée dans sa poche.

Oui. Mais… nos incursions dans les pays étrangers perdent tant de leur charme sans ces moments d’immersion dans la vraie vie : celle des cyber-cafés.

Hamdoulilah, Gott sei dank, Dieu merci !
Le Maroc a fermé ces petits endroits perdus entre un hammam de quartier et un petit commerce d’œufs et de Vache qui rit ou ceux qui avaient pignon sur rue juste à côté d’une pâtisserie garnie jusqu’au plafond de cornes de gazelle. J’allais y humer les effluves de thé à la menthe et de musc. J’allais y admirer le chaos entre les fils électriques, cet enchevêtrement gordien si typique des villes orientales. J’allais y écouter les litanies de toutes ces familles collées à quatre ou cinq devant un ordinateur pour voir, par Skype, les membres de la famille à l’autre bout du pays ou à l’autre bout du monde: «Mohamed labess? Hamdoulilah ! » « Samira labess ? Hamdoulilah ! » Youness labess? Hamdoulilah ? ». On savait donc, en quelques minutes, que Farida, Mohamed, Latifa, Kahlil, Nadia et Abdelkader allaient bien, « Gott sei dank, Dieu merci !»

Cette litanie heureuse avait toujours pour moi un impact positif sur ma vie. Il est vrai qu’on se sent bête avec ses petits tracas quand on entend que tant de gens sont contents de leur vie. La preuve ! Quand un de mes enfants me demandait par Skype: «Ça va, maman ? », je ne disais pas «non, je n’arrête pas d’éternuer, avec tout ce pollen » ou «non, je ne trouve pas de Melfor», je pensais alors à mes balades dans des paysages sublimes et à mes tajines en bord de route et je disais: « Koulchi bikhir. Hamdoulilah » (Tout va bien. Dieu merci !)
Ah j’oubliais de dire, «grâce aux paraboles, j’ai pu voir les mariées s’étriper pour avoir une lune de miel à deux balles». C’est un bon sevrage pour retrouver son quotidien même si au royaume chérifien ce genre d’émission est un film de science-fiction. Stephen King aurait des scénarii plus faciles à écrire dans le pays natal d’Alain Souchon et de Michel Galabru mais aussi de Jean-Luc Mélenchon et de Dominique de Villepin.

 

 

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Portés disparus.
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15 avril 2017 6 15 /04 /avril /2017 10:24
Pâques au cacao.

- Vous préparez Pâques ?
- Et comment ! Pâques, ça se prépare tout de même.
- Vous avez participé à l’office de la Passion ?
- Pas le temps ! Tu parles ! Tous ces Lammele à faire cuire ! On en a déjà tonké dans le café ce matin. Et jeudi on a acheté les chocolats.
Chocolat ! Voilà le mot de la semaine. Chocolat ! C’est la fête du chocolat ! Des murailles de chocolat ! Des cloches, des lapins, des poules, des œufs ! Oui, mais pas que. Il y a la vie en chocolat. On a le lapin camionneur, le lapin PDG, le lapin paysan, le lapin boulanger, le lapin footballeur, le lapin chanteur. Chaque profession est fondue dans le chocolat. L’addict au chocolat peut être doublé d’un être au summum du narcissisme. Les fans de héros en deux dimensions trouvent de quoi assouvir le désir de pouvoir toucher leur idole. Il suffit d’acquérir Shrek, Bob l’éponge, Lucky Luke, Titi, Spiderman, même Michael Jackson tout en chocolat représentés posant à côté d’un œuf dans la même matière. Tout est dans tout. Tout est chocolat.

Si vous ne voulez pas être chocolat à l’école…
Hier matin. Vendredi saint. La radio a un fil conducteur : le chocolat. Je sais tout, tout. Tout un aréopage était dépêché pour vanter ses mérites et susurrer les petits dommages collatéraux qu’il peut engendrer. Un médecin parle de son action positive sur le cœur et sur le développement de l’intelligence. « Si vous ne voulez pas être chocolat à l’école, il vaut mieux absorber du cacao ». Une psychologue parle de l’effet anti-dépresseur du chocolat, cette molécule de bonheur que nous pouvons avaler sans faire la grimace et qui booste nos endorphines naturelles pour nous mener vers un bien-être proche de l’état zen. Il manquait juste une indication sur les doses à respecter. Mais comme dit Mamema : « Diss spiersch schun ! » Tu sais surtout que tu as dépassé la dose prescrite quand tu as oublié le chagrin dû à ta crise de couple et que tu ressens une violente crise de foie. Ah : j’oubliais l’intervention d’un chocolatier qui chantait l’Alléluia en parlant de la vertu pédagogique du chocolat. Alors, parents soucieux de l’éveil artistique de votre enfant, permettez-lui de créer SON personnage en chocolat ! Achetez-lui le chocolat adéquat pour le moulage et les colorants alimentaires ! Son équilibre psychologique dépend de ce processus. Le chocolat est mieux que la pâte à modeler. En effet, il contient de la lécithine !

Bigre, j’en ai appris sur le chocolat ! Même devant mon thé vert pris dans une cafétéria. Marie-Chantal y faisait un cours : « Non, il ne faut pas acheter n’importe quoi. Pour acheter du bon chocolat, il faut les moyens. Il faut du beurre de cacao et du cacao à 70 % ».

Un élément de la fracture sociale
Et de décliner les dangers auxquels s’exposent ceux qui sont condamnés à acheter des lapins bourrés d’huile de palme, « les pauvres » ! Et voilà que le chocolat est un des éléments de la fracture sociale ! De quoi alimenter un programme électoral, non ? « Je promets du chocolat au beurre de cacao et au cacao à 70 % pour tous ! »

La fête de Pâques ne peut pas être réduite au chocolat. Aujourd’hui, c’est Samedi saint. Hier, j’ai dit à Lili : « Demain, c’est Samedi saint, ça te dit quelque chose ? », et Lili de répondre : « Ben oui, c’est l’anniversaire du naufrage du Titanic. »

Y aura-t-il à cette occasion un Titanic en chocolat ?

 

 

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10 avril 2017 1 10 /04 /avril /2017 11:39
L’heure du choix.

Secrétaire médicale ou prof de philo ? Accéder à la demande en mariage de Claude ou la décliner ?
Fut un temps, le choix était à faire une fois pour toutes. Ensuite, dans le cas de la profession, c’était la ligne droite jusqu’à la retraite.
Pour le mariage, l’oukase paternel statuait sur la pérennité de la décision : « Hesch ne gewellt, hesch ne » (Tu l’as voulu, tu l’as eu). Seul le pouvoir divin sur la vie et la mort des gens pouvait interrompre l’éternité de l’engagement.
Tout choix se faisait, comme le dit la chanson : « Avec simplicité ».
Même en période d’élection, on était guidé voire embrigadé. Le curé disait du haut de la chaire : « Les bons sont à droite, les mauvais sont à gauche. C’est biblique ».
Dans mon village il n’y avait qu’un contrevenant. Il votait communiste. Chacun soupçonnait chacun d’être ce mécréant. Il y a même eu, dans la génération d’avant-guerre, un cas de vote à gauche dans ma famille. La femme d’un cousin de mon père a voté pour Jospin à la présidentielle. Motif : « Il est protestant comme moi »

Inutile de vouloir couper les cheveux à des chauves
« Au jour d’aujourd’hui », comme on dit au Café du Commerce ou dans la file du rayon charcuterie, « au jour d’aujourd’hui on ne sait plus choisir ».
Disons plutôt que le choix a perdu son côté immuable. Tu fais coiffeuse homme et la mode envoie dans la rue une armée de mecs au crâne rasé. Inutile de vouloir couper les cheveux à des chauves. Il faut faire un autre choix.
Tu es mariée à Louis-Edouard mais à cause de tes achats frénétiques sur Internet tu vois Gigi tous les jours, Gigi le BG de Colissimo. Gigi apporte le paquet, met le paquet et t’emballe. Exit Louis-Edouard.

« Au jour d’aujourd’hui », le choix est en CDD. Le choix politique aussi. Je me souviens d’une phrase entendue en 1981 au moment de l’élection de François Mitterrand : « J’ai voté pour lui pour montrer aux autres que je ne me laisse pas faire, mais s’il ne me convient pas je voterai encore pour un autre la prochaine fois ».
Fini le temps des militants à vie. Finie, la foi. Fini le temps de ceux qui suivent invariablement le même « panache blanc ».
Dans l’environnement immédiat des candidats, c’est le temps des traîtres et des opportunistes. C’est l’Ego-land.
Dans le camp des électeurs, qui fait encore un choix par conviction ? Je n’entends que des phrases vindicatives : « dene zaï’i’s » « ceux -là ils vont voir ce qu’ils vont voir ».

C’est du ball-trap
On n’est pas dans le cadre d’une élection, on est dans le cadre d’une chasse à l’homme. C’est du ball-trap. Celui qui sortira des urnes sera une sorte de Survivor. Ou alors ce sera une surprise absolue, même pour la majorité des électeurs qui auront voté pour lui. « Oh m… ! J’n’aurais pas cru qu’il sortirait. J’ai juste voté pour lui pour faire savoir que j’en avais ras le bol de la politique. Je pensais que je serais le seul »
Et Mamema dans tout ça ? Mamema ne vote plus, elle m’a dit : « C’est Babeba qui me préparait l’enveloppe. Je n’ai jamais su ce qu’il y avait dedans. Depuis qu’il est mort je ne vote plus. Je ne voudrais pas mal voter »

 

La chasse aux maris est ouverte.

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L’heure du choix.
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1 avril 2017 6 01 /04 /avril /2017 11:28
C’est dur l’heure de la douleur

 

Il n’y a pas d’âge pour la douleur. Elle prend l’enfant au dépourvu dans son berceau, quand il agite son hochet et gigote. Une douleur soudaine qui secoue la gencive. Un mal terrible qui n’a que les cris pour l’exprimer. Que les cris et l’espoir d’une aide venue de maman et de ses suppos magiques. Les douleurs de l’enfance sont indélébiles. Je n’ai pas oublié les affres de mon otite. Je ressens encore ce chagrin qui a noué mes tripes quand j’avais vingt mois. Oui j’avais vingt mois et j’ai gardé cette image de maman au fond du trou béant laissé par les pelleteuses du chantier de notre future salle de bal. J’ai eu la sensation horrible qu’elle allait être ensevelie. J’ai hurlé à en vomir jusqu’à ce qu’elle me tienne dans ses bras. Cela n’a marché qu’une fois.

« Souffrez ! Souffrez ! Vous serez comblé de bienfaits »

La douleur est inhérente à la vie. Les masos proclament ses bienfaits. Boris Cyrulnik chante la résilience : « Souffrez ! Souffrez ! Vous serez comblé de bienfaits ». Les disciples de ce chantre citent Mozart qui a eu toute sa vie les boyaux tordus par une constipation pathologique et ils affirment que cette douleur lui a donné le don de composer des musiques divines. Je sais, il y a d’autres exemples.

De la douleur des esclaves est né le gospel. Des souffrances du Christ est venue la rédemption. Alors… Combien êtes-vous à espérer composer des symphonies ou à espérer peindre ce que seul l’œil de l’homo doloroso peut voir ?

Et voilà que la douleur a pris possession de moi. Plus exactement de mon bras gauche. Je suis une zonarde. Un de ces êtres atteints de zona. Au seul énoncé du mot, les yeux de celui qui prête son oreille à votre bouche se tourneboulent et il émet un « Oh Jesses Gott » qui vous remet entre les mains de celui, qui seul, semble pouvoir vous aider.

« Vous avez un zona du bras gauche ? », disent certains dubitatifs. « Ça existe, ça ? » Et vous voilà mis au même niveau que Coluche et son cancer du coude. « Oui Monsieur, ça existe ». « La vache ! » Mon médecin dit : « On ne ressent les douleurs que pendant un an. Après, on s’habitue ». Il est vrai que le cerveau est humain et à force d’entendre les lamentations du bras gauche qui répète encore et encore « J’ai mal » il a tendance à dire : « Ta gueule le bras gauche… ! » Apparemment mon cerveau a de la patience.

La douleur vous fait bouger votre fessier. Marcher pour éliminer les toxines. Courir les bras tendus pour étirer les nerfs. Prendre la voiture pour mettre une bougie au Mont Sainte-Odile. Aller consulter un rebouteux au fin fond d’une campagne meusienne (avec un arrêt pour déguster une potée). Rouler jusqu’à un endroit magique où trouver de la terre spéciale à poser sur le bras douloureux en cataplasme. Tout. On essaye tout. Et en courant ou en roulant, chanter à tue-tête « Life is life », la vie c’est la vie !

Les derniers temps je me sens Agamemnon. Je pense que seul un sacrifice humain peut me soulager. Je cherche quelle victime offrir à Hippocrate ! En attendant, je ne cesse de répéter « Eli eli lama sabachthani ». Et je mets sur mon mur Facebook, dans un encadré noir : « Je suis mon bras gauche ».

Mamema m’a dit : « Ne te plains pas, ça pourrait être pire… ça pourrait être le bras droit ».

 

La chasse aux maris est ouverte.

Huguette Dreikaus ?  non ....ce n'est pas moi....
mais toutes les deux... alsaciennes  ..

C’est dur l’heure de la douleur
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15 mars 2017 3 15 /03 /mars /2017 13:00

 

 

 

Tu seras menuisier, mon fils

 

 

 

A l’aube de la fin de ce premier semestre scolaire, la prof en moi se réveille et les mots des conseils de classe de collège résonnent encore à mes oreilles.

« Sébastien ne pourra pas suivre en lycée. Il y a un menuisier dans son village. Il faudra voir s’il le prend en apprentissage. » Dans la suite des débats, Nadine est propulsée fleuriste, Loïc électricien et Natacha coiffeuse avec la mention : « Jolie comme elle est, elle pourra être coiffeuse ».

Parfois les séances d’orientation scolaire prennent des airs de concours de miss et de Chippendales. « Ronald est costaud. Avec les muscles qu’il a, il fera un excellent charpentier et pourra porter les poutres avec aisance. » Une évaluation physico-intellectuelle qui prend des airs de portrait astrologique trace l’avenir de petits boutonneux avec certitude.

Qui va gagner des millions ou Fort Boyard ?

Combien de vocations d’artisanat sont nées dans la résignation engendrée par les sentences du Sanhédrin de quelques membres de la MAIF ! Comme chez Aldous Huxley à l’école, on triait les Alphas et les Bêtas. Ceux qui continueraient dans le jeu Qui va gagner des millions et ceux qui, comme dans Fort Boyard , devront essayer de récolter quelque argent en avalant des couleuvres.

Pourtant l’adage est clair : « Il n’y a pas de sot métier ». Que serait le médecin sans l’artisan qui fait les lits, l’électricien qui rend possible l’utilisation des appareils d’investigation et de soins, la couturière qui réalise les draps et les champs opératoire, l’installateur sanitaire qui installe les douches pour les asepsies à la bétadine et les lave-mains pour purifier les mains des chirurgiens ? L’assistance médicale, ce sont aussi ces petites mains qui rendent les interventions possibles. Merci aussi aux mécanos qui entretiennent les ambulances dont la fiabilité est beaucoup plus importante que celle d’une voiture de Formule 1.

L’artisanat ne doit pas être un déversoir sur lequel certains conseils de classe posent un entonnoir à large col en fin d’année scolaire pour y faire entrer des jeunes incasables dans les études supérieures.

L’artisanat a une grande porte d’entrée aussi belle que celle des villes chérifiennes. C’est par là qu’il faut y accéder. On ne dépose pas des jeunes sur les marches de ce palais comme on abandonnait un gosse non désiré ou malformé sur les marches d’une église du temps de Charles Dickens et d’Emile Zola.

Le rêve de faire quelque chose de ses mains

Umwertung aller Werte. Voilà qu’un médecin s’est fait boulanger, une avocate tricoteuse et un banquier serrurier de précision. Il y avait en chacun d’eux le rêve de faire quelque chose de ses mains.

Je connais une star du rock qui voulait juste être menuisier ! Il se rêve encore menuisier peut-être beaucoup plus qu’un menuisier se rêve star du rock.

 

La chasse aux maris est ouverte.

Huguette Dreikaus ?  non ....ce n'est pas moi....
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Tu seras menuisier, mon fils
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deytsc

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